À Kisangani, plus de 11 milliards de francs congolais soit 5 millions de dollars américains de recettes publiques se seraient évaporés en moins d’un an dans la province de la Tshopo. Une instruction officielle du gouverneur adressée à son ministre des finances ce 20 janvier 2026 révèle un système de collecte profondément défaillant, où interventions politiques, circuits parallèles et outils numériques contestés alimentent une hémorragie financière au détriment du Trésor public provincial.

Si le document qui circule sur les réseaux évoque prudemment des « dysfonctionnements » et une « faiblesse manifeste », des témoignages recueillis par kis24.info dressent un tableau plus sombre. Plusieurs agents, sous couvert d’anonymat par crainte de représailles, affirment que toutes les recettes perçues n’atteignent pas le Trésor public.

 Ce que nous versons officiellement au compte de la province ne représente qu’une partie de ce qui est réellement perçu sur le terrain. Il y a des montants qui disparaissent avant même d’être déclarés. Tout le monde le sait. » révèle un agent de la régie commis au poste d’ Avakubi

Selon ces agents, l’opacité du système et l’absence de contrôles numériques fiables faciliteraient les sous-déclarations. « Quand l’argent circule en cash, stocké dans les poches des agents, il est facile de le faire disparaître », résume un autre.

Interférences politiques dans la taxation

Au port de la SCTP ex ONATRA, un agent de la Direction générale des recettes de la province de la Tshopo (DGRPT) , au visage contrarié par cette instruction du gouverneur crève l’abcès et accuse directement des acteurs politiques d’intervenir dans la taxation des assujettis.

 Il arrive que des politiciens (députés provinciaux et ministres) fixent ou réduisent la taxe d’un opérateur économique proche du système ou même de leurs concubines, les membres de la famille des ministres. Dans certains cas, l’argent ne passe même pas par la DGRPT. Il est perçu ailleurs et ne revient jamais au Trésor public.

Selon lui, ces interventions politiques piétinent les mécanismes officiels de mobilisation des recettes et placent les agents dans une position d’exécutants sans réel pouvoir. « Quand un ordre vient d’en haut du frère ou de la seconde épouse d’une autorité, vous exécutez ou vous êtes viré», explique-t-il.

Un système numérique controversé

Au cœur de la réforme figure des outils de numérisation parmis eux nous citons pour la tshopo : MASNET , VERITAS et TECHNOCOM. censés moderniser la gestion des recettes. Mais pour un développeur web local rencontré à l’Institut supérieur de commerce de Kisangani (ISC), cette solution aggrave le problème.

 TECHNOCOM n’est qu’une application de saisie. Elle ne sécurise pas la chaîne de paiement. Tant que l’agent touche l’argent en espèces, il y aura des coulages. Le système idéal est celui où l’agent ne manipule jamais le cash. »

Pour Merlin, seule la traçabilité directe via banque ou mobile money peut garantir que l’argent public atteigne le Trésor. « Tout le reste favorise les détournements», tranche-t-il.

Comment un tel manque à gagner a-t-il pu passer inaperçu pendant plusieurs mois ?

Face à ces révélations portées par le gouverneur de province lui-même, sa décision de remplacer tous les animateurs de la Direction de Recouvrement apparaît comme un aveu d’échec du système en place. Officiellement motivée par des contre-performances, cette mesure laisse entendre que les autorités reconnaissent l’ampleur du problème sans encore en tirer toutes les conséquences judiciaires.

Pour Me Kambi Mateleka, acteur de la société civile , l’urgence ne se limite plus à l’assainissement administratif. Il réclame un audit indépendant, capable d’identifier les responsabilités individuelles et les réseaux impliqués.

L’acte est très courageux. Nous encourageons le gouverneur à mettre en place une commission d’enquête indépendante mixée aux députés provinciaux. Cette commission sera chargée d’enquêter individuellement sur les agents impliqués et la grandeur de ce réseau des pilleurs des fonds publics.

Depuis 48h , aucun responsable de la DGRPT n’a, pour l’heure, publiquement expliqué comment une telle perte a pu s’accumuler sur plusieurs mois sans déclencher d’alerte. Ce silence renforce le malaise, dans une province où les besoins en services sociaux, infrastructures et salaires sont criants.

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