Les mains encore tremblantes, elle peine à retenir ses larmes. Cette mère de famille, bien connue de nombreux étudiants pour ses bananes et ses arachides vendues sur le campus de l’Université de Kisangani, raconte avoir vécu, Mardi 15 juillet, l’une des journées les plus difficiles de sa vie.
Devant la Faculté des lettres et sciences humaines, des agents du Bâtiment administratif (BATAM) l’interpellent. Selon eux, elle occupe un espace où toute activité commerciale est interdite. Les vendeurs sont invités à exercer uniquement dans les zones aménagées, notamment à Shaumba ou aux abords de la Faculté de droit.
La commerçante donne une tout autre version des faits. Souffrante, elle affirme s’être simplement arrêtée pour prendre son traitement médical de midi avant de poursuivre sa journée. Malgré ses explications, dit-elle, les agents ont saisi ses marchandises et l’ont violemment prise à partie.
Je vends des bananes sur ce campus depuis l’époque du maréchal Mobutu. C’est grâce à ce commerce que je nourris mes 8 enfants. Chaque fois que je vais vers les endroits indiqués, on me demande de partir. Je ne sais plus où travailler », confie-t-elle, la voix nouée par l’émotion.
Alerté, le député national Fontaine Mangala a reçu la commerçante ce jeudi 16 juillet. Après avoir écouté son témoignage, l’élu de Kisangani a condamné les méthodes qui auraient été employées, estimant que le respect du règlement ne peut jamais justifier des actes portant atteinte à la dignité d’une personne.
Quelle que soit la faute reprochée, personne ne mérite d’être traité avec brutalité », a-t-il déclaré.
Le député a apporté son soutien à cette mère de famille afin qu’elle puisse reprendre son activité et continuer à subvenir aux besoins des siens. Il a également appelé les autorités universitaires, les responsables du BATAM et les représentants des commerçants à privilégier le dialogue pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent.
Au-delà de ce fait divers, l’affaire remet sur la table une question récurrente à l’Université de Kisangani . Comment faire respecter les règles du campus tout en tenant compte de la réalité sociale de dizaines de petits commerçants dont l’économie informelle constitue l’unique moyen de subsistance ? Pour beaucoup, l’enjeu dépasse le simple respect des emplacements autorisés , il touche à la dignité et à la survie de nombreuses familles.

