Un atelier d’information consacré aux résultats intermédiaires du projet Mesures Provisoires Urgentes (MPU) s’est tenu ce jeudi 4 décembre à Kisangani. Porté par la SOFEPADI avec l’appui technique et financier du FONAREV, l’événement a réuni autorités locales, leaders communautaires et partenaires pour renforcer l’impact du programme en faveur des victimes de conflits.

L’atelier, organisé au centre d’accueil Jolie Rêve et ouvert officiellement ce jeudi 4 décembre 2025 par le président intérimaire de l’Assemblée provinciale, Paul Lokesa, s’est voulu un espace d’échanges et de redevabilité. Selon Michaël-Cohen Kamana, chef de projet à la SOFEPADI et coordonnateur du consortium MPU/Tshopo, cette rencontre avait pour vocation de présenter l’état d’avancement du projet lancé en septembre dans trois sites de déplacés de la Tshopo, Saint-Gabriel, Sainte-Marthe et Konga-Konga.

« Nous avons voulu informer, mais aussi rendre compte des résultats atteints durant cette première phase. », a-t-il expliqué, rappelant que l’action menée vise des communautés frappées par la précarité et nécessitant une réponse rapide.

Depuis son lancement, le projet MPU a permis d’améliorer sensiblement l’accès des déplacés aux services essentiels. Les soins de santé y sont désormais gratuits grâce à des cliniques mobiles déployées au cœur des sites. Des espaces d’accueil dédiés aux enfants ont été aménagés, tandis que des dispositifs de soutien psychosocial fonctionnent à plein régime pour écouter, accompagner et stabiliser les personnes traumatisées. Près de 804 personnes ont déjà été identifiées pour intégrer un parcours de formation professionnelle devant conduire, à terme, à leur réinsertion économique.

« Nous avons rapidement mis en place un appui structurel pour soulager les besoins fondamentaux de la population. », explique Michaël Kamana.

L’accompagnement psychologique est apparu comme l’une des innovations les plus marquantes du projet. Me Rachel Kabamba Songombe, coordinatrice du Réseau des Juristes engagés dans la lutte contre les VBG, rappelle qu’en RDC, la consultation d’un psychologue reste inhabituel pour la majorité des victimes.

« Pour beaucoup, c’était la première fois d’être écoutées par un psychologue. Au fur et à mesure qu’elles parlaient de leurs souffrances, elles se sont senties apaisées. », témoigne-t-elle.

Certaines victimes traumatisées, parfois confrontées à des idées suicidaires, ont trouvé dans ces séances un espace de respiration.

« Aujourd’hui, ce sont elles qui reviennent solliciter de nouveaux rendez-vous. Cela prouve que l’approche fonctionne. », ajoute l’avocate.

Malgré les avancées, les défis sur le terrain demeurent considérables. Les conflits intercommunautaires Mbole-Lengola persistent dans certaines zones, compromettant les efforts de stabilisation. Dans les sites, les conditions de vie sont encore difficiles, manque de nourriture, insécurité, promiscuité.

« Les victimes restent vulnérables. Au début, certaines pensaient que nous venions distribuer des vivres. Il a fallu leur expliquer le sens du programme. », précise Me Kabamba.

Le constat est partagé par Franck Linaito, premier vice-président de la Société civile forces vives de la Tshopo, qui salue les progrès réalisés mais appelle à aller plus loin :

« Les victimes ne sont pas abandonnées. Elles reçoivent un appui médical, psychologique et même des formations. Mais il est temps de préparer leur retour dans leurs villages, désertés depuis parfois plus de deux ans. »

Tous les intervenants ont insisté sur la nécessité d’un engagement accru des autorités. La présence régulière des responsables politico-administratifs dans les sites apparaît essentielle pour comprendre les besoins, répondre aux inquiétudes et combattre la circulation d’informations erronées.

« Les autorités doivent nous accompagner, surveiller les activités et comprendre réellement le mandat du FONAREV. », a affirmé Me Kabamba.

Mickaël Kamana, quant à lui, a remercié les autorités présentes et assuré que les équipes renforceront la mise en œuvre, impliqueront davantage les déplacés et prendront mieux en compte ceux vivant hors des sites.

Au terme de cet atelier, un message fort se dégage, au-delà de l’urgence, le projet MPU porte l’ambition d’une reconstruction humaine durable. En soutenant la santé, l’équilibre psychologique et la réinsertion économique des victimes, il ouvre la voie à un avenir où les déplacés pourront, un jour, regagner leurs villages et retrouver leur dignité. Dans une région encore marquée par les tensions, cet engagement collectif apparaît comme une lueur d’espoir pour des milliers de familles en quête de stabilité.

Abdoul ULAFIA

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