Un rapport accablant publié par deux ONGDH révèle un secteur minier gangrené par le non-respect du Code, l’évasion fiscale et la dégradation environnementale, au détriment des populations locales. KIS24 revient sur l’essentiel de ce rapport conjoint rendu public en mi-novembre 2025, intitulé : Qui alimentent l’exploitation illégale de l’or et de diamant de la Tshopo ? Défis, impacts et voies de réforme.
Récit
Le secteur minier dans la province de la Tshopo est au bord du chaos. C’est la conclusion cinglante d’une étude conjointe menée entre août et septembre 2025 par l’Initiative pour la Protection des droits de l’homme et la réinsertion (IPDHOR) et Patrice Emery Lumumba pour le développement communautaire, la défense et la protection des droits humains (PELDDH). Le rapport, qui cartographie et diagnostique les sites d’exploitation d’or et de diamant dans les territoires de Bafwasende, Banalia, Basoko et Ubundu, dénonce une gestion opaque, des pratiques illicites généralisées et une complicité troublante d’autorités à divers niveaux.
Le cœur du problème réside dans l’exploitation par des acteurs qui échappent massivement au cadre légal notamment :
1.Les Entreprises industrielles et semi-industrielles illégales : Des sociétés comme LIBELA SARL, KIMIA MINING, COMOL KWK SARL et XIANG JING MINING, exploitent les minerais sous de simples permis de recherche, sans les études d’impact environnemental et social (EIES) obligatoires, ni le Plan d’Atténuation et de Réhabilitation (PAR), en violation flagrante du Code minier révisé de 2018. Ces pratiques, actives pour certaines depuis 2015, engendrent une évasion fiscale massive pour l’État congolais.
2.Coopératives hors-la-loi : Sur les 18 coopératives identifiées, la majorité sont en défaut de paiement de taxes ou sont inactives. Celles qui opèrent illégalement polluent les rivières et détruisent les champs, alimentant des conflits sociocommunautaires et le ressentiment local.
3.Production opaque : Entre 2015 et 2024 (hors 2018), le rapport a reconstitué des chiffres de production pour plus de 4,2 millions de carats de diamant et 207 000 grammes d’or, valorisés à près de 84 millions USD. Pourtant, la Division provinciale des Mines ne distingue pas la production par entité, révélant un manque de transparence et de traçabilité qui favorise la fraude.
Impacts : maladie, banditisme et corruption
À en croire les deux ONGDH, les conséquences de cette gabegie sont dramatiques pour les populations de la Tshopo. Dans un point de presse animé le 20 novembre à Kisangani, Me Simplice Kapipa, a révélé des impacts significatifs qui pèsent non seulement sur l’État mais aussi et surtout les communautés locales.
« Il y a une dégradation environnementale sévère (déforestation, pollution des rivières). Sept cas de maladies de la peau (gale, brûlures cutanées) ont été identifiés le long de la rivière Télé à Banalia, et cinq cas similaires à Basoko, directement liés à la contamination par les activités minières. La flambée des prix des produits locaux et l’augmentation du coût de la vie montrent une dépendance économique accrue, dont profitent principalement les acteurs extérieurs. Les creuseurs indépendants travaillent dans des conditions précaires, en l’absence de contrats de travail », a-t-il dit.
Avant de marteler :
« La présence de groupes armés (Mai-Mai), d’actes de banditisme, et le constat alarmant de la présence d’enfants dans les sites miniers, fragilisent davantage les zones d’exploitation »,
Selon Kapipa, le parrainage des exploitants miniers étrangers par des officiers militaires, autorités provinciales et nationales, et certains chefs coutumiers, dénotent une politisation du secteur et un affaiblissement des services de contrôle de l’État face aux réseaux mafieux.
« Dans le territoire de Banalia, l’interception de 20 kilos d’or de fraude a été suivie de la libération des suspects chinois sous « pression hiérarchique », illustrant l’impunité et l’urgence de renforcer la lutte contre la corruption », a expliqué Simplice Kapipa.
Appel à la gouvernance et à la justice
Face à ce constat, les deux ONGDH appellent à une action immédiate et concertée. Les recommandations visent tous les échelons du pouvoir :
1.Ministère des Mines et Justice : Recenser les victimes, suspendre et sanctionner les entreprises illégales, et mener une enquête impartiale sur la disparition des 20 kilos d’or pour identifier, juger et sanctionner les responsables pour crime économique.
2.Gouvernement Central : Rétablir l’autorité de l’État, garantir le respect des engagements ITIE pour la transparence, et mettre en place un mécanisme de lutte contre le travail des enfants.
3.Gouverneur de Province : Sécuriser les sites artisanaux, affecter des agents pour un contrôle accru et sanctionner les entreprises exploitant illégalement.
Le rapport conclut que, malgré des retombées positives indirectes (constructions d’infrastructures sommaires), la majorité des communautés de la Tshopo demeure vulnérable et dépendante d’un secteur minier insuffisamment régulé et mal redistribué. L’heure est à la reddition des comptes et à l’application rigoureuse du Code minier pour que les richesses de la Tshopo bénéficient enfin à la nation congolaise.

