Alors que la province de la Tshopo espérait un souffle nouveau après des mois de turbulences institutionnelles, la publication de la troisième équipe gouvernementale de Paulin Lendongolia provoque une levée de boucliers. Entre « trahison » des élus et « partages de gâteaux », les activistes pro-démocratie ne décolèrent pas.
Un « péché originel » qui persiste
Pour de nombreux observateurs, le mal est profond. Jordan Saidi Atibu, activiste pro-démocratie, revient avec amertume sur la genèse de cette crise.
Selon lui, le premier gouvernement de l’ère Lendongolia portait déjà en lui les germes de son propre échec, marqué par une « cogestion délétère » et une prédominance d’élus provinciaux au sein de l’exécutif.
« Le résultat fut, sans surprise, un véritable fiasco », assène-t-il, rappelant que la réhabilitation du Gouverneur par la Cour Constitutionnelle, après une motion de censure, n’a pas suffi à restaurer la confiance.
L’Accord de l’Hôtel Hilton, le coup de grâce ?
Le point de rupture semble être l’accord politique signé à l’Hôtel Hilton de Kinshasa. Jordan Saidi Atibu fustige le comportement des députés provinciaux qui, au lieu d’exercer leur mission de contrôle, auraient monnayé la stabilité du Gouverneur contre des maroquins ministériels pour leurs proches.
Une mission constitutionnelle bafouée
Les élus sont accusés de s’être transformés en gestionnaires au détriment de leur rôle de censeurs. Une classe politique « insatiable » : l’activiste peint le portrait d’une élite déconnectée des réalités sociales, laissant la province dans une « brume persistante ».
« Changer de képi ne change pas la tête »
Du côté de la Lucha Kisangani, le ton est tout aussi cinglant. Le militant Abed-négo Zacharie Kingombe utilise une métaphore vestimentaire pour illustrer l’inefficacité, selon lui, de ce remaniement.
« On peut changer les képis autant de fois qu’on veut sur la tête, mais cela ne changera ni sa forme, moins encore son contenu », déclare-t-il avec ironie.
Pour la Lucha, ce troisième gouvernement en moins de deux ans qualifié de « troisième enfant né prématurément », n’est que le résultat de conciliabules politiques visant à apaiser les frustrations des alliés plutôt qu’à servir les intérêts du peuple. Kingombe prévient : cette stratégie ne fera qu’accentuer la « mégestion déjà décriée ».
Quel avenir pour la Tshopo ?
L’interrogation de Jordan Saidi Atibu reste en suspens : « La Tshopo sortira-t-elle de l’auberge ? ». Entre un exécutif qui cherche sa survie et une assemblée accusée de complicité, la population boyomaise observe, impuissante, ce ballet de portefeuilles ministériels. Si ce troisième remaniement visait la stabilité, il semble, pour l’instant, avoir surtout cristallisé les colères.

