Dans un mémorandum adressé au gouverneur de province le 15 février 2026, dont Kis24 a reçu une copie, les forces vives du territoire de Banalia dressent un réquisitoire sévère contre la gestion sécuritaire, judiciaire et minière de cette entité de la province de la Tshopo, au nord Est de la République Démocratique du Congo. Entre résurgence de la justice populaire, militarisation des sites miniers et paralysie de l’appareil judiciaire, le tableau dépeint est celui d’une zone en rupture de ban.
Justice populaire et dérive des « maisons de prière »
Le constat est alarmant : la justice populaire gagne du terrain à Banalia. Selon la société civile, ce phénomène est exacerbé par l’influence de certaines maisons de prière, localement appelées « Tshumba ».
Ces structures sont accusées de désigner arbitrairement des citoyens comme responsables de malheurs ou de décès par des pratiques de sorcellerie. Ces indexations débouchent régulièrement sur des expéditions punitives meurtrières, facilitées par un climat d’impunité totale.
Militarisation et entraves administratives
Le document fustige également l’omniprésence indue des forces armées dans le secteur extractif. Un incident majeur est rapporté au poste de contrôle de Bangbo, daté du 5 décembre 2025 : des éléments des FARDC, affectés au site minier de Litama, auraient dispersé par la menace des agents des services publics (TRANSCOM, DGRPT et ANR) en pleine mission de régulation fiscale.
La société civile pointe du doigt l’administration de l’entreprise Kampala Mining, soupçonnée d’instrumentaliser la force publique. Elle rappelle à cet effet que le Code minier consacre l’exclusivité de la sécurisation des sites à la Police Nationale Congolaise (PNC).
Une économie de « barrières » et de tracasseries
La libre circulation, pourtant garantie par la Constitution, est mise à mal par une multiplication anarchique de barrières sur les axes Kisangani–Banalia et Banalia–Mangi. Les usagers y sont soumis à des perceptions illégales, souvent sans quittance, opérées par divers services et des éléments armés non identifiés (PERCI). Parallèlement, le système judiciaire local est décrit comme moribond : le Tribunal de paix ne siège plus en matière pénale faute de magistrats, laissant les détenus dans l’incertitude de délais de garde à vue largement dépassés.
Gouvernance minière : le flou artistique
Sur le terrain des ressources naturelles, le rapport dénonce l’absence d’un bureau minier fonctionnel à Banalia, rendant tout contrôle de la production illusoire. Les coopératives et entreprises minières, notamment à Baboa de Kolé et Popoy, sont accusées de fouler aux pieds leurs obligations sociales (cahiers des charges), privant les communautés locales des retombées de l’exploitation de leur sous-sol.
Les recommandations des forces vives
Signé par YONGO NGALIMO Prince et BAENE KOMBONZI Joseph, respectivement président et vice-président de la société civile locale, le mémorandum formule des exigences précises pour restaurer l’autorité de l’État :
- Justice : Affectation urgente de juges et réhabilitation fonctionnelle du Tribunal de paix.
- Sécurité : Retrait immédiat des FARDC des carrés miniers et renforcement logistique de la PNC.
- Mines : Installation d’un chef de bureau minier permanent et publication obligatoire des cahiers des charges des opérateurs.
Pour les signataires, l’intervention du pouvoir provincial est l’ultime rempart avant que Banalia ne bascule dans une crise sociale et sécuritaire irréversible.

