Pendant deux jours soit du 27 au 28 Novembre, chercheurs, experts agricoles, autorités et partenaires techniques se sont réunis dans la salle de triangle à l’occasion d’un atelier organisé par l’Agence belge de coopération internationale Enabel Tshopo, portant sur la restitution partielle des résultats de la recherche scientifique pour la redynamisation des chaînes de valeur du cacao dans la province de la Tshopo. Cet événement marque une étape importante dans la valorisation d’un produit longtemps sous-exploité mais au potentiel économique exceptionnel pour la RDC.

Placée sous le thème de la dynamisation de la chaîne de valeur du cacao, cette rencontre a permis de faire le point sur les avancées scientifiques issues du partenariat entre le projet Agriculture Familiale et Entrepreneuriat Agricole et Rural (AFE) de Enabel Tshopo, grâce au financement du Royaume de Belgique, signé avec l’Université de Gand, en partenariat avec le Programme de soutien à la mise en valeur durable des zones de savanes et de forêts dégradées (PSFD), avec l’appui des structures locales telles que l’INERA Yangambi.

Le premier intervenant, Alain Ofio, a posé le décor en rappelant que cette recherche vise à repositionner la Tshopo comme une région productrice de cacao de fine saveur, capable de rivaliser sur le marché international. Selon lui, il ne s’agit plus simplement de produire, mais de produire mieux, en s’appuyant sur la science, l’innovation et la formation des acteurs locaux.

« La RDC possède un potentiel énorme en matière de cacao, mais nous devons faire des choix stratégiques , sélectionner les meilleurs génotypes, améliorer les techniques culturales et transformer localement pour créer de la valeur », a-t-il souligné.

Le professeur Keo, de l’Université de Gand, expert en transformation du cacao, a ensuite expliqué avec pédagogie la complexité du processus de fabrication d’un chocolat de qualité. De la sélection génétique des cacaoyers à la fermentation, en passant par le séchage, la torréfaction, le conchage et le tempérage, chaque étape joue un rôle crucial dans la qualité finale du produit.

Il a insisté sur l’importance du contrôle de la fermentation, véritable clé de la formation des arômes, tout en alertant sur les risques liés à un mauvais séchage, notamment l’apparition de mycotoxines. Pour lui, la RDC ne doit pas se contenter d’exporter des fèves brutes, mais doit investir dans la transformation locale afin de créer de la richesse et des emplois.

« Pas de chocolat belge sans cacao de qualité provenant des pays producteurs. Aujourd’hui, avec un prix atteignant 6000 euros la tonne, la RDC détient une opportunité unique qu’elle doit absolument saisir », a-t-il déclaré.

L’un des moments forts de cet atelier a été la séance de dégustation des différentes variétés de cacao issues des parcelles expérimentales de la Tshopo. Cette étape, loin d’être symbolique, a constitué un outil scientifique essentiel pour évaluer la qualité organoleptique des fèves produites localement.

Sous la supervision d’experts de l’Université de Gant et de techniciens de l’INERA Yangambi, les participants ont pris part à une analyse sensorielle rigoureuse portant sur plusieurs critères ,l’arôme, l’acidité, l’amertume, la texture, la longueur en bouche et les notes spécifiques développées lors de la fermentation.

Certaines variétés ont révélé des profils aromatiques remarquables, avec des notes fruitées, florales et légèrement boisées, caractéristiques des cacaos dits « fins ».

Cette dégustation a permis de comparer les performances gustatives des différents génotypes testés , identifier les variétés les plus prometteuses pour une production de cacao premium, sensibiliser les producteurs sur l’impact des bonnes pratiques culturales et post-récolte sur la qualité finale du chocolat.

Pour plusieurs participants, cette expérience a été une véritable révélation, démontrant concrètement que le cacao de la Tshopo peut rivaliser avec celui des grandes régions productrices mondialement reconnues.

Les résultats partiels présentés lors de cet atelier montrent déjà que la Tshopo peut produire un cacao de haute qualité, à condition de renforcer la formation des producteurs, de structurer les coopératives et d’améliorer l’accès au marché. La recherche en cours s’articule autour de trois axes majeurs, la sélection des génotypes performants, l’amélioration des pratiques culturales et la transformation locale du cacao.

Pour la population de Kisangani, ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles opportunités économiques : création de petites unités de transformation, production locale de chocolat, développement de l’agro-industrie et amélioration des revenus des producteurs.

Au-delà de la dimension scientifique, cet atelier a été un cadre de dialogue et de vision partagée pour l’avenir du cacao en RDC. Les participants ont convenu que seule une synergie entre chercheurs, autorités, producteurs et partenaires permettra de faire du cacao un véritable levier de développement durable pour la Tshopo.

La restitution partielle des résultats de cette recherche marque un tournant décisif pour la filière cacao dans la province de la Tshopo. Entre expertise scientifique internationale et savoir-faire local, la RDC se dote progressivement des outils nécessaires pour transformer son cacao en moteur de croissance économique. Si les perspectives annoncées se concrétisent, Kisangani pourrait bientôt devenir un pôle de référence en matière de cacao de qualité et de transformation chocolatière en Afrique centrale.

La séance de dégustation, en mettant en lumière la richesse gustative du cacao local, confirme que la Tshopo dispose non seulement d’un potentiel agronomique, mais aussi d’une signature aromatique capable de séduire les marchés spécialisés et les chocolatiers de renom.

Leave A Reply