Au cœur de la province de la Tshopo, les communautés du territoire de Bafwasende, nichées sur le long de la route nationale Nº4, à plus de 200km de Kisangani, connaissent une transformation profonde. Grâce au soutien de l’ONG Tropenbos RDC, un projet de sécurisation foncière et de renforcement des moyens d’existence, financé par Tenure Facility, leur a donné les outils pour se réapproprier leur destin.

KIS24 revient, mi-septembre 2025, au cœur d’une mission stratégique à Bafwasende, accompagné d’une importante délégation mixte composée des membres du ministère provincial de l’agriculture et de l’ONG Tropenbos RDC. Voici comment loin d’être une simple initiative de l’extérieur, un projet de Tropenbos RDC est devenu une source de fierté et de prospérité dans ce géant territoire de la province de la Tshopo.

Reportage

À Bafwasende, les résultats parlent d’eux-mêmes. Des témoignages éloquents des membres de la communauté montrent à quel point la foresterie communautaire a changé leur quotidien. « tu vois comme j’ai grossi », lance Falay Bernard, tout souriant au milieu de son champ de cacao, au PK122, dans le groupement Barumbi Tshopo.

Principalement, les revenus tirés de la culture du cacao, de la pisciculture et de l’apiculture sont désormais une réalité. « Ce projet, C’est notre projet. Tropenbos RDC nous a aidé avec les semences et des formations appropriées. On n’y croyait pas. Mais, nous l’avons porté, travaillé, et aujourd’hui nous en vivons », a déclaré la présidente de l’association piscicole Maman Maendeleo, au PK211, à Bafwapada.

Les changements sont tangibles. L’amélioration de la sécurité alimentaire est l’un des bénéfices les plus immédiats. Les familles ont désormais de quoi se nourrir et subvenir à leurs besoins. L’autonomisation des femmes est également au cœur de cette réussite. Elles jouent un rôle crucial dans les activités génératrices de revenus, renforçant leur position au sein de la communauté. Les revenus accrus ont permis aux familles de financer l’éducation des enfants et d’améliorer leurs conditions de vie. « quand on fait la récolte, on est à près de 80 kg. Je vends celà, et je mange bien, je paie les frais scolaires des enfants,…», a ajouté Bernard.

À Belika, la fierté des communautés est palpable. Devant la Ministre Provinciale de l’agriculture, Bijou Koy, ces derniers ont manifesté leurs joies. Un couple a marqué le temps.

« au début, je ne soutenais pas ma femme et j’étais si méchant contre elle mais quand elle a commencé à faire les récoltes, tout a changé. Aujourd’hui, j’ai aussi mon propre champ », a témoigné le mari. KIS24 reviendra sur ce témoignage poignant.

Le simple fait de pouvoir présenter leurs réalisations au ministre est une marque de reconnaissance et de dignité retrouvée. Un agriculteur, un apiculteur, ou une femme de l’association piscicole, tous peuvent désormais lever la tête haute et montrer les fruits de leur labeur. Leurs voix locales sont les preuves vivantes de l’impact positif du projet.

Des défis à relever pour aller plus loin ?

Malgré ces progrès, l’implication des communautés se mesure aussi à leur capacité à exprimer les défis. Le coût d’entretien des champs et le besoin de financement pour agrandir leurs activités ont été des sujets régulièrement abordés, même auprès de la Ministre. Ces défis ne sont pas un signe d’échec, mais plutôt une preuve de leur implication réelle et de leur volonté d’aller de l’avant.

« Nous avons besoin d’un soutien matériel et financier. Par exemple, ici à Bafwapada, il nous faut des outils de travail, des machettes, etc. À celà, s’ajoute des semences. Tout ça, ça demande de l’argent », a indiqué le chef coutumier de Bafwapada.

De manière surprenante, même ceux qui avaient boycotté le projet à ses débuts reconnaissent aujourd’hui son succès et se présentent pour obtenir des semences et agrandir leurs champs. C’est le plus grand signe de validation : la réussite des uns a inspiré les autres. Impressionnée, la Ministre Bijou Koy a été convaincue que l’histoire des peuples de Bafwasende est celle d’une réussite collective. Ils ont transformé un projet en un moteur de développement, prouvant que, lorsque les communautés sont au centre de l’action, la foresterie communautaire devient bien plus qu’une gestion de ressources : c’est un chemin vers l’autonomie et un avenir meilleur.

Il sied de noter que ce projet de Tropenbos RDC vise la sécurisation des droits fonciers et forestiers des peuples autochtones et des communautés locales. Il appuie le renforcement de la gouvernance dans 12 Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL) existantes et accompagne 31 autres communautés dans le processus d’acquisition de leurs titres. Il s’agit d’un transfert de compétences aux autorités et communautés locales pour qu’elles puissent, à l’avenir, prendre en charge elles-mêmes la gestion de la foresterie communautaire.

Journaliste Multimédia & Reporter

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