Dans la province de la Tshopo, l’accès aux contraceptifs modernes reste un défi majeur avec une prévalence contraceptive estimé à 11 % selon les dernières enquêtes de santé. La Dr. Thérèse Marie Mokaria, médecin spécialiste en santé publique et coordonnatrice provinciale du Programme National de Santé de Reproduction, met en lumière les causes profondes de cette problématique et plaide pour des solutions urgentes.

La République Démocratique du Congo vise à réduire la mortalité maternelle à 70 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, mais la réalité en province de la Tshopo est tout autre, 342 décès maternels enregistrés en 2024. Cette situation alarmante est directement liée à l’accès limité aux contraceptifs et à l’absence de planification familiale efficace.

« La planification familiale permet aux femmes de mieux gérer leurs grossesses et de réduire les risques de complications. Son impact sur la réduction de la mortalité maternelle est estimée à 30 %, pourtant elle reste sous-utilisée en raison du manque de ressources », explique la Dr. Mokaria.

Outre les risques sanitaires pour les femmes, l’absence de planification impacte également la santé des enfants. Les grossesses rapprochées sont un facteur aggravant de malnutrition, de faible poids à la naissance et de déficits cognitifs. « Un enfant privé d’allaitement maternel optimal peut souffrir de chocs psychologiques et de malnutrition chronique, ce qui affecte son développement intellectuel et scolaire », souligne-t-elle.

Au-delà des barrières médicales et sociales, l’approvisionnement en contraceptifs est devenu une mission quasi impossible. Jadis assuré par l’UNFPA depuis Goma, le transport des contraceptifs vers Kisangani a été stoppé en raison des conflits à l’est du pays et de la détérioration des routes.

« L’acheminement terrestre est devenu impraticable. Nous avons plaidé auprès de Marie-Stopes RDC et Enabel pour un transport aérien, mais les coûts sont exorbitants », déplore la Dr. Mokaria.

Le manque de financement aggrave la situation. Depuis 2017, la province dispose d’une ligne budgétaire pour l’achat de contraceptifs, mais aucun fonds n’a été débloqué. Cette absence de soutien étatique laisse les professionnels de santé dans une impasse, incapables de répondre aux besoins croissants des femmes.

Si l’accès aux contraceptifs est une préoccupation centrale, le déficit d’éducation sexuelle amplifie la crise. La Dr. Mokaria souligne que la majorité des jeunes s’informe via leurs amis ou leurs téléphones, souvent au détriment d’une compréhension réelle des enjeux liés à la sexualité et à la reproduction.

« Les parents hésitent à parler de sexualité à leurs enfants, ce qui crée un vide éducatif propice aux comportements à risque », explique-t-elle.

Face à ce constat, elle encourage la stratégie de la paire éducation pour la sensibilisation les jeunes, de les guider vers des choix éclairés et d’encourager des comportements sexuels responsables.

En l’absence d’un approvisionnement stable, les professionnels de santé tentent de pallier le manque de contraceptifs en renforçant la sensibilisation et en promouvant les méthodes naturelles.

Avec Abdoul ULAFIA ✍🏽

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