À Kisangani, la fin du mois de mars consacré aux droits des femmes n’a pas pris la forme d’un simple rituel commémoratif. Elle s’est imposée comme un moment de rupture, où la jeunesse a été placée face à ses responsabilités sociales, culturelles et sanitaires. Dans l’enceinte de l’Institut Supérieur de Commerce de Kisangani, près de mille étudiants ont participé, ce 30 mars, au lancement d’une campagne de sensibilisation d’un nouveau genre.
Portée par l’association Jeunes de l’Espoir, avec l’appui d’Enabel, l’initiative marque le début de la diffusion d’une série de capsules vidéo éducatives dédiées aux droits à la santé sexuelle et reproductive. Pensées dans un format court et accessible, ces productions misent sur les codes numériques pour capter l’attention d’une génération hyperconnectée mais encore insuffisamment informée sur ces enjeux.
Ces capsules sont un outil d’éducation et de conscientisation, pensé pour parler le langage des jeunes et briser les silences qui entretiennent les violences », explique Fabrice Don de Dieu, chargé des projets jeunesse créative à Enabel Tshopo.
Les contenus abordent sans détour des problématiques souvent reléguées à la sphère privée comme le harcèlement sexuel, violences faites aux femmes, gestion du cycle menstruel ou encore troubles mentaux liés à la consommation de substances psychoactives. Une approche transversale qui inscrit cette action dans une logique à la fois éducative, sanitaire et sociétale.
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Mais au-delà du message, c’est la stratégie de diffusion qui marque une inflexion. Les étudiants ont été orientés vers la plateforme digitale Elenge Fungwama, conçue comme un espace d’apprentissage et d’engagement.
Pour lever les contraintes d’accès, une connexion Wi-Fi gratuite a été mise à disposition, facilitant une adhésion massive et immédiate. Une démarche qui illustre l’importance croissante du numérique comme levier de transformation des comportements.
En toile de fond, un constat persistant : les violences, le harcèlement et les mariages précoces continuent de toucher majoritairement les femmes, dans un contexte où la peur et la stigmatisation freinent encore la dénonciation. Si le cadre légal existe en République démocratique du Congo, son effectivité reste limitée par des barrières socioculturelles profondément ancrées.
La loi sanctionne ces actes, mais encore faut-il oser parler », insiste Fabrice Don de Dieu, appelant les jeunes à rompre avec le silence et à adopter des comportements responsables.
Dans l’amphithéâtre, le message semble avoir trouvé un écho. « Cette conférence est capitale pour nous », confie David, étudiant, soulignant l’importance d’ouvrir des espaces de dialogue sur des sujets longtemps marginalisés dans les milieux académiques.
Plus qu’une simple campagne de sensibilisation, cette initiative s’inscrit dans une stratégie d’influence à long terme : faire émerger une jeunesse informée, critique et capable de déconstruire les normes sociales qui perpétuent les inégalités de genre.
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À Kisangani, la bataille des mentalités est désormais engagée et elle se joue aussi sur le terrain numérique.

