Dans le silence de la nuit, entre les feuillages épais des plantations de cacao à Kamaulu, à 55 kilomètres de Kisangani, les cris étouffés ont percé la quiétude. Il était exactement 00h03 du 13 juillet 2025, quand une première détonation a réveillé la concession agricole du ministre Muhindo Nzangi Butondo. Des hommes armés, sans visage et sans pitié, venaient d’ouvrir un nouveau chapitre d’horreur.

Un choc brutal, les témoignages se ressemblent, vibrants de peur. Justin, chef de la plantation, raconte la tragédie avec un regard encore fuyant :
« Ils ont surgi comme des fantômes. On dormait à même le sol dans les huttes. Ils ont crié, frappé, pris tout ce qu’ils voulaient. Mon jeune frère a reçu un coup de machette. »
Cette nuit-là, du cacao, de l’argent, et des effets personnels ont disparu. Mais plus encore : la sécurité, le sentiment de paix, l’envie de travailler n’a plus exister
Le 1er août, à peine trois semaines plus tard, un retour violant, les mêmes ombres sont revenues. Cette fois, ils étaient une dizaine, armés en feu et machettes, prêts à tuer. Ils ont fouillé les cases, humilié les femmes, torturé les hommes. L’une des ouvrières, survivante, une jeune femme d’une vingtaine d’années, a frôlé le pire:
« Ils m’ont traînée dehors. Un vieil homme est intervenu, il a été battu, jambes machettées ,j’ai cru que j’allais mourir. »
Une cible claire : Nzangi lui-même

Et puis vint le 10 août. Une nouvelle nuit, une nouvelle terreur, une cible claire: Nzangi lui-même. Mais cette fois, l’objectif n’était pas que le cacao : c’était la résidence de campagne du ministre. Comme à la costumée, les hommes armés ont opérés en toute tranquillité incendiant la cabane où l’actuel ministre de l’ agriculture passe nuit pendant la campagne durant son séjour à Kisangani, des tirs de sommation, des traces de pneus dans la poussière du matin. Tout laisse penser qu’on voulait faire mal. Très mal.
Alibuku, un terrain riche mais vulnérable. Sur plus de 300 hectares, la plantation de Muhindo Nzangi abrite des cacaoyers, des bananiers, et des cultures vivrières. Une centaine de travailleurs y trouvent un emploi stable. 80 % des ouvriers sont des filles et fils de la Tshopo. L’économie locale y trouve un souffle. Mais face à l’insécurité, cette richesse devient un piège.

La population choquée mais les cultivateurs restent solidaires.Au village, c’est la colère mêlée à l’impuissance.Un cultivateur voisin déclare :
«Nous travaillons avec nos mains, et voilà qu’on nous attaque comme si on était des criminels. Ce qui arrive à Nzangi peut nous arriver demain.»
Interrogé par kis24.info , un expert en sécurité sous anonymat, explique :
« Ces attaques ciblées pourraient cacher des motivations politiques ou économiques. Le cacao attire la convoitise, et l’instabilité sert souvent des agendas plus larges. »
En attendant la paix, le sol de Kamaulu est fertile. Il donne de quoi vivre. Mais aujourd’hui, il porte aussi les marques de la peur. Tant que les autorités ne sécurisent pas les zones agricoles, les producteurs – grands ou petits resteront vulnérables et Muhindo Nzangi, bien que ministre, en paie le prix comme un simple agriculteur.

