Entre le défi des coûts de production pour l’une et la conquête des habitudes de consommation pour l’autre, le duel stérile qui oppose la Sotexki à la chocolaterie masque l’essentiel. Pour le Professeur Bopoko Bamenga Louis-Pasteur, l’urgence n’est plus à la comparaison superficielle, mais à la construction urgente d’un écosystème agro-industriel intégré. Décryptage d’une vision où chaque usine devient un maillon clé de la souveraineté économique locale. Ci-dessous son analyse indépendante :
MON POINT DE VUE SUR LE DÉBAT « SOTEXKI VS CHOCOLATERIE »
Analyse du Professeur Bopoko Bamenga Louis-Pasteur
Le débat autour de la Sotexki et de la chocolaterie me semble aujourd’hui se focaliser davantage sur la perception de ces deux usines que sur les véritables conditions de leur viabilité économique.
D’un côté, le coût de production constitue l’un des principaux défis à la relance de la Sotexki.
La compétitivité de l’entreprise dépendrait notamment de la restructuration du CODENOR, du coût de l’énergie, la centrale de la Tshopo accusant un déficit de la logistique entre le Bas-Uélé et Kisangani et, plus largement, de la capacité à produire à des coûts compatibles avec le pouvoir d’achat du marché intérieur et avec la concurrence des produits importés.
De l’autre côté, la chocolaterie se heurte davantage à la question des habitudes de consommation et de la structuration du marché.
La consommation de chocolat n’est pas nécessairement ancrée dans les habitudes alimentaires locales au même niveau que dans certains marchés occidentaux.
Cela signifie qu’au-delà de la production, il faudrait également développer la demande, travailler sur les prix, l’éducation du consommateur, la distribution et l’adaptation des produits aux goûts ainsi qu’aux réalités du marché local.
Il serait en effet difficilement pertinent de concevoir une production destinée exclusivement à l’exportation sans chercher parallèlement à construire un véritable marché intérieur.
Deux activités qui peuvent être complémentaires. Pour autant, opposer la Sotexki à la chocolaterie ne me paraît pas pertinent.
Les deux activités peuvent être viables, à condition de les inscrire dans une politique agro-industrielle cohérente, rigoureuse et de long terme. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir quelle usine mérite d’être privilégiée, mais plutôt de déterminer comment construire une chaîne de valeur locale capable de transformer les matières premières, de créer de la valeur ajoutée, de générer des emplois et de développer progressivement un marché intérieur.
Une politique agro-industrielle efficace devrait agir sur plusieurs leviers :
- La sécurisation de l’approvisionnement en matières premières ;
- La réduction des coûts énergétiques et logistiques ;
- L’accès au financement ;
- La modernisation des équipements ;
- La formation et la qualification de la main-d’œuvre ;
- La protection raisonnable de la production locale face à la concurrence déloyale ;
- Le développement des débouchés et des marchés.
Dans cette perspective, la Sotexki et la chocolaterie ne devraient pas nécessairement être considérées comme des usines concurrentes, mais comme deux maillons potentiels d’une même stratégie de transformation industrielle.
La question fondamentale devient alors celle de la cohérence de l’écosystème : produire localement, transformer localement, créer une demande locale et, à terme, être capable de conquérir également des marchés régionaux.
Le véritable enjeu : construire un écosystème industriel durable
En définitive, le véritable débat ne devrait peut-être pas porter uniquement sur la perception de la Sotexki ou de la chocolaterie, mais sur les conditions économiques, industrielles et commerciales nécessaires pour rendre chacune de ces activités durablement compétitive.
Sans une politique agro-industrielle structurée, même un projet prometteur risque de rester fragile.
Avec un cadre approprié, en revanche, ces deux filières peuvent contribuer à la diversification de l’économie, à la création d’emplois et à la valorisation locale des matières premières.
C’est dans cet esprit que je souhaite contribuer au débat public et appelle à une large diffusion de cette réflexion, afin de susciter des échanges constructifs sur l’avenir de notre agro-industrie et sur les choix économiques à privilégier pour renforcer la transformation locale et la création de valeur.

