La tension institutionnelle dans la province de la Tshopo atteint un nouveau sommet. Datée du 26 février 2026 et adressée au Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Shabani Lukoo, une lettre officielle de l’Assemblée provinciale de la Tshopo accuse le gouverneur Paulin Lendongolia d’avoir posé une série d’actes jugés illégaux et potentiellement déstabilisateurs pour la province.

Pour les députés provinciaux, il ne s’agit plus de simples désaccords administratifs. La crise révèle un conflit structurel autour de l’exercice du pouvoir, du respect des textes légaux et de l’équilibre entre les institutions provinciales. Après plusieurs semaines de retenue, l’Assemblée estime désormais nécessaire d’alerter le pouvoir central.

Un retour au pouvoir sous haute tension

Réhabilité dans ses fonctions en décembre 2025, après sa déchéance en novembre, le gouverneur Lendongolia retrouve une province divisée et une administration fragilisée. Selon les députés, au lieu d’entamer un dialogue institutionnel, le gouverneur aurait choisi une gouvernance de rupture, imposant des décisions unilatérales et un style de management qualifié de « passage en force ».

La mesure la plus controversée reste la dissolution de la Direction générale des recettes de la province de la Tshopo (DGRPT) et la création de deux nouvelles régies financières. L’Assemblée affirme ne pas avoir été consultée, rappelant que toute réforme structurelle relève du contrôle préalable du Parlement provincial.

Finances publiques : le cœur du bras de fer

Dans le même document adressé au Vice-premier ministre de l’intérieur, les députés dénoncent également la nomination directe des responsables des nouvelles régies, sans respect des procédures légales ni appel à candidatures, et signalent des consignes de recrutement ciblé parmi les anciens agents de la DGRPT. Selon eux, ces pratiques créent une insécurité juridique et sociale au sein de l’administration.

À cela s’ajoute l’arrêt brutal des activités de l’Inspection provinciale des finances et la suspension d’une mission d’audit en cours. L’Assemblée y voit une tentative de fragiliser les mécanismes de contrôle, dans un contexte où la gestion des finances publiques est déjà sensible.

Une scène qui fait basculer la crise

Le point culminant de la tension se serait produit le 21 février 2026, au siège de l’Assemblée provinciale. Le gouverneur s’est présenté accompagné d’une garde lourdement armée. Selon les députés, l’accès à l’enceinte parlementaire aurait été forcé malgré les objections de la garde législative. L’incident est perçu comme une violation directe de l’inviolabilité du Parlement provincial, un symbole fort dans une province où les institutions restent jeunes et vulnérables.

Tentative de corruption présumée

Dans le même contexte, l’Assemblée affirme que le gouverneur aurait proposé une enveloppe comprise entre 90 000 et 150 000 dollars américains aux députés, présentée comme provenant de l’urgence sécuritaire. Selon les élus, cette offre constitue une tentative de corruption directe, que certains membres ont déclaré avoir refusée.

L’Assemblée dénonce également le recrutement de jeunes issus de bandes urbaines et de groupes dits « de pression », supposés être utilisés pour intimider les élus et maintenir un climat de tension permanente.

Kinshasa saisie, arbitrage demandé

La lettre adressée à Shabani Lukoo demande une intervention rapide pour rétablir la légalité et prévenir toute déstabilisation de la province. L’Assemblée estime que la responsabilité de toute crise future incomberait au gouverneur Lendongolia.

Dans une province déjà fragilisée par des tensions sécuritaires, notamment autour de l’aéroport international de Kisangani, l’organe délibérant appelle à un arbitrage urgent du pouvoir central, sous l’autorité des institutions de la République démocratique du Congo dirigées par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Avant l’arbitrage de Kinshasa, Paulin Lendongolia est attendu ce samedi au bureau de l’assemblée provinciale pur une séance de travail lui concernant sur le réquisitoire du procureur général près la cour de cassation. Des accusations de détournement des fonds publics et malversations financières pèsent sur lui depuis la session parlementaire de Septembre 2025.

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