À 7 heures du matin, la cour du Centre hospitalier Shukrani est déjà pleine.

Dans la pénombre humide du matin, des silhouettes s’entassent devant le portail du Centre hospitalier Shukrani. Une femme enceinte tente de calmer son enfant fiévreux. Deux jeunes hommes soutiennent un vieillard amaigri venu de Lubunga. À quelques mètres de l’entrée, une vendeuse de beignets observe silencieusement cette foule inhabituelle qui grossit à mesure que le soleil se lève sur Kisangani ce Lundi 12 mai 2026

Dans la ville de Kisangani, les habitants ont appris à vivre avec les limites du système sanitaire ponctuées par manque de spécialistes, équipements insuffisants, évacuations coûteuses vers Kinshasa ou l’étranger. Alors lorsqu’un hôpital commence à introduire des techniques nouvelles, attire des médecins étrangers et reçoit des équipements venus de Russie, d’Espagne, de France ou de Corée, la nouvelle circule vite.

Au centre hospitalier Shukrani, cette transformation porte un visage , celui de Madeleine Nikomba. La promotrice de l’hôpital parle peu publiquement. Mais dans les services médicaux, son projet est visible partout comme dans les appareils récemment installés, dans les formations organisées pour les infirmiers, dans les missions médicales étrangères qui se succèdent discrètement depuis plusieurs années.

Le pari paraît presque démesuré pour une ville éloignée des grands centres hospitaliers africains ; faire émerger à Kisangani une structure capable d’offrir des soins modernes sans devenir inaccessible aux classes populaires.

L’hôpital où les malades recommencent à croire

Au service de chirurgie, Madame Clarisse fixe son abdomen avec un mélange d’incrédulité et de soulagement. Quelques jours plus tôt, cette mère de famille de 42 ans redoutait une opération qu’elle repoussait depuis près d’un an.

J’avais peur d’être ouverte complètement », raconte-t-elle à voix basse.

Les médecins lui proposent finalement une intervention par endoscopie. Une technique encore peu répandue dans plusieurs structures médicales de l’intérieur du pays et n’existe qu’à Shukrani. Elle montre une cicatrice minuscule, presque invisible.

Quand je me suis réveillée, je croyais que l’opération n’avait pas encore commencé », dit-elle en riant. Autour de son lit, des proches prennent des photos avec leurs téléphones. Dans leurs conversations revient souvent la même phrase :

Ça, on pensait que c’était seulement à l’étranger. » Dans les couloirs de Shukrani, ce type de témoignage devient progressivement fréquent.

La diplomatie silencieuse des hôpitaux

Dans une réunion du matin, une dizaine d’infirmiers suivent attentivement une démonstration technique autour d’un équipement biomédical récemment acquis grâce à un partenariat extérieur. Le matériel provient d’un appui international, comme plusieurs autres dispositifs installés ces derniers mois dans certains services de l’hôpital.

À Shukrani, la coopération étrangère ne se limite pas aux dons symboliques souvent exhibés lors des cérémonies officielles. Ici, elle s’intègre directement dans le fonctionnement médical quotidien.

Des médecins espagnols sont venus partager leurs expériences cliniques. Des spécialistes russes ont récemment travaillé avec les praticiens locaux dans le cadre d’une mission humanitaire et scientifique. Des partenaires français et coréens accompagnent des programmes d’équipements et de formation.

Dans certaines salles, les échanges ressemblent parfois à des conférences médicales improvisées. Les discussions passent du français à l’anglais autour de dossiers complexes pendant que les jeunes médecins congolais prennent des notes à toute vitesse. Pour plusieurs soignants, ces collaborations représentent bien plus qu’une assistance ponctuelle.

Nous sommes en train d’apprendre une autre manière de travailler », confie un infirmier urgentiste.

Moderniser sans exclure

Mais l’autre singularité de Shukrani se joue ailleurs ,dans le prix des soins. À la pharmacie de l’hôpital, Mireille Soki compare discrètement ses ordonnances avec celles d’une clinique privée où elle avait consulté auparavant.

Quand on parle d’équipements modernes ou de médecins étrangers, on pense directement à des coûts impossibles », explique cette vendeuse du marché central. « Pourtant ici, j’ai payé moins cher que ce qu’on m’avait demandé ailleurs. »

Dans une ville où une maladie peut rapidement précipiter une famille dans la précarité, cette accessibilité devient un argument central dans la réputation de l’établissement.

Pour les responsables de Shukrani, l’enjeu est stratégique , construire un hôpital moderne sans reproduire une médecine réservée à une élite.

À Kisangani comme dans une grande partie de la RDC, les infrastructures sanitaires demeurent fragiles, les spécialistes insuffisants et les équipements coûteux à maintenir. Mais au sein de Shukrani, une autre dynamique semble émerger au visage d’un hôpital provincial qui tente de se connecter aux réseaux mondiaux de la médecine sans rompre avec les réalités sociales locales.

Le pari de Madeleine Nikomba

Dans les bureaux administratifs de la fondation Madeleine Nikomba, les projets s’accumulent : nouvelles spécialisations, partenariats hospitaliers, bourses de formation pour les infirmiers, renforcement des capacités techniques. L’ambition de la sénatrice et promotrice de cette oeuvre médicale dépasse désormais le simple développement d’une clinique privée.

À travers Shukrani, elle semble vouloir construire un modèle ,celui d’un établissement enraciné à Kisangani mais suffisamment crédible pour attirer experts, missions scientifiques et coopérations médicales internationales.

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17h30′ , dans la cour de l’hôpital, le soleil commence à tomber. Les consultations continuent. Les familles attendent encore sur les bancs. Madame Clarisse, mère de 5 enfants traverse lentement le portail de sortie avant de s’arrêter quelques secondes. Puis elle murmure :

Si on peut être soigné comme ça ici… alors peut-être que l’espoir existe encore pour nos hôpitaux. »

Le Centre hospitalier Shukrani, situé au PK 6 sur la route de l’aéroport international de Bangboka à Kisangani, est une structure sanitaire privée initiée par Madeleine Nikomba Sabangu. Ancienne gouverneure de la province de la Tshopo, infirmière de formation, avocate et sénatrice en République démocratique du Congo, elle porte à travers cet établissement une vision axée sur l’accès à des soins modernes, la formation du personnel médical et l’ouverture aux partenariats internationaux. Grâce à plusieurs coopérations avec des spécialistes et institutions étrangères, Shukrani ambitionne de devenir l’un des hôpitaux de référence dans la région de la Grande Orientale.

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