À l’ouverture de la session budgétaire à Kisangani, le président de l’Assemblée provinciale a prévenu que la stabilité institutionnelle ne signifiait ni silence des députés ni abandon du contrôle de l’exécutif. Un avertissement lourd de sens, un an après la motion de défiance votée contre le gouverneur Paulin Lendongolia sur fond d’accusations de mauvaise gestion et de détournement présumé de fonds publics.

Dans l’ hémicycle, le gouverneur Paulin Lendongolia écoute. À la tribune, Mateus Kanga Londimo déroule un discours qui, derrière les formules institutionnelles, ressemble à une mise en demeure. Mercredi 30 septembre à Kisangani, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo ouvre la session budgétaire avec une promesse, celle des députés qui ne devront plus se contenter d’approuver des chiffres. Ils devront vérifier ce que l’argent public a réellement produit.

Une bonne présentation comptable ne suffit pas lorsque, sur le terrain, les résultats restent difficiles à percevoir », affirme-t-il.

Pour Mateus Kanga, l’examen du budget ne peut se limiter aux recettes mobilisées et aux dépenses déclarées. L’ Assemblée provinciale devra mesurer la qualité de la dépense, son utilité sociale et son impact sur la vie quotidienne des habitants. Le message vise directement l’exécutif provincial. Mais il place également les députés devant leurs propres responsabilités.

Une motion de défiance dans le rétroviseur ?

Cette mise en garde intervient dans une province encore marquée par la crise institutionnelle de 2025. Le 27 octobre de cette année-là, 18 députés provinciaux avaient voté à l’unanimité une motion de défiance contre Paulin Lendongolia. Les motionnaires lui reprochaient notamment une mauvaise gestion, une incapacité à diriger la province et des détournements présumés de deniers publics. Le gouverneur, absent de la plénière, avait contesté les conditions de son éviction.
La Cour constitutionnelle l’avait ensuite rétabli dans ses fonctions par un arrêt rendu le 26 novembre. Cette réhabilitation n’avait cependant pas mis fin aux interrogations judiciaires .

En janvier 2026, la Cour de cassation avait demandé à l’Assemblée provinciale l’autorisation de poursuivre le gouverneur, mis en accusation pour détournement présumé de fonds publics. Ces accusations demeurent des allégations tant qu’elles n’ont pas été définitivement établies par la justice. Paulin Lendongolia conserve, à ce titre, le bénéfice de la présomption d’innocence.

Après plusieurs mois de bras de fer, l’exécutif et l’ Assemblée provinciale avaient signé, en mars 2026 à Kinshasa, un accord de réconciliation destiné à restaurer leur collaboration. Le dispositif prévoyait notamment un dialogue direct entre les deux institutions en cas de différend, puis un arbitrage national si le blocage persistait. C’est précisément cette stabilité retrouvée que Mateus Kanga refuse désormais de voir transformée en immunité politique.

La stabilité ne signifie pas l’effacement

Le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo choisit ses mots, mais la cible est claire.

Mateus Kanga reconnaît que la population reproche aux élus leur complaisance envers le gouvernement provincial. Il demande donc à l’exécutif de produire davantage de résultats pour « rassurer » les habitants et éviter que l’Assemblée ne soit associée à ses insuffisances.

La stabilité prônée par le chef de l’État et que nous souhaitons préserver ne signifie ni l’effacement des prérogatives de l’Assemblée provinciale ni le renoncement au contrôle de l’action de l’exécutif. En répondant aux attentes de la population, l’exécutif provincial nous aidera à préserver cette stabilité et nous évitera le mépris de notre population, qui nous reproche notre complaisance à son égard », prévient-il.

La formule utilisée par le Président de l’Assemblée provinciale rompt avec l’image d’une paix institutionnelle fondée sur le silence. Mateus Kanga prévient que l’Assemblée et le gouvernement devront se regarder « face à face » et se dire « certaines vérités » afin de corriger les erreurs du passé.

Routes, finances et soupçons d’irrégularités

Nombreux dossiers sensibles devraient mettre cette détermination à l’épreuve. Parmi eux figurent les routes d’Opala et d’Ubundu, dont les financements annoncés, décaissés et l’état des travaux alimentent les interrogations.

Une commission ad hoc, créée à la fin de la session de mars dernier, doit enquêter sur ces deux chantiers. Docteur Mateus Kanga lui demande de travailler avec rigueur et indépendance, sur la base de faits établis.

Chaque dollar mobilisé au profit de notre province doit pouvoir être retracé et surtout se traduire par une réalisation qui améliore effectivement les conditions de vie de nos concitoyens », insiste-t-il.

Le président de l’Assemblée de la tshopo ne prononce pas encore le mot « détournement » pour qualifier ces dossiers. Il promet toutefois que des explications seront demandées et que les instances compétentes seront saisies si les investigations établissent des irrégularités.

La Commission économique et financière de l’Assemblée de la tshopo est également rappelée à l’ordre. Mateus Kanga reproche à ses membres de ne pas faciliter suffisamment le travail de l’institution et leur demande de présenter une lecture fidèle de la situation financière provinciale.

Le contrôle parlementaire à l’épreuve des actes

Le budget 2027 constituera le premier test. Le président de l’Assemblée souhaite que les dépenses soient orientées vers des projets directement utiles à la population. Il cite notamment les routes de Yahuma, Basoko, Opienge et Wanierukula, indispensables au désenclavement des territoires et à l’évacuation des produits agricoles.

Les députés devront également examiner les tracasseries routières et fluviales, les conflits coutumiers et l’utilisation des ressources affectées aux infrastructures. Ce discours marque ainsi un durcissement politique. Mais dans une province où les motions, les réconciliations et les accusations de mauvaise gestion se sont succédé, les mots ne suffiront pas. La fin du « chèque en blanc » ne se mesurera ni au ton du discours ni au nombre d’avertissements lancés depuis la tribune. Elle se vérifiera dans les auditions organisées, les rapports publiés, la traçabilité des fonds et les suites données aux irrégularités éventuelles.

Cette session de septembre s’ouvre à la tshopo sous une situation sanitaire préoccupante. Actuellement, la province compte plus de 43 cas positifs a la maladie à virus Ebola et 17 décès. Makiso reste la commune la plus touchée par cette épidémie détectée à Kisangani depuis Mai2026.

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