À Lubutu, le jour commence avant l’aube. À quatre heures du matin, alors que la cité est encore plongée dans le sommeil, quelques agents de l’agriculture dépêchés par Muhindo Nzangi se préparent dans la pénombre. Bottes poussiéreuses, sacs élimés, carnets protégés par du plastique ,l’équipement est sommaire, mais le rituel est immuable. Devant eux, une mission de terrain et 47 kilomètres de piste dégradée à parcourir jusqu’à Obokote, où subsiste l’un des CAPSA les plus anciens du Maniema.
La route impose son tempo. À moto, les agents avancent lentement, évitant les ravins, traversant des bourbiers, franchissant des ponts de fortune. À certains endroits, il faut descendre, pousser, repartir. Le soleil se lève sur une piste meurtrie, révélant un territoire enclavé où chaque déplacement est une épreuve. Ici, la politique agricole commence par l’endurance.
Quand enfin apparaît le CAPSA Obokote, le silence est lourd. La brousse a englouti les bâtiments. Les portes sont mangées par la rouille. Aucun champ ne respire. Aucun semis. Rien. Juste le vent et le bruit des pas dans l’herbe haute. Pour ces agents, le choc est réel. Ils savent ce que ce site représentait autrefois : un lieu de vie, de production, d’espoir pour les agriculteurs.

Et pourtant, le potentiel est là. Près de 450 hectares exploitables, une position stratégique entre Lubutu, la Tshopo et le nord du Maniema. Sur le papier, Obokote pourrait redevenir un maillon essentiel de la sécurité alimentaire régionale. Sur le terrain, tout manque.
C’est le chaos. Tout est à refaire. Il n’y a pratiquement rien à arranger, parce que tout est devenu inexistant », confie un membre de la délégation.
Les agents prennent des notes, mesurent, photographient. Sous l’ombre rare d’un arbre, le diagnostic se précise.
Une mission inscrite dans une nouvelle dynamique
L’abandon d’Obokote contraste fortement avec d’autres CAPSA de la province, où, malgré des moyens limités, certaines productions subsistent.
Cette visite s’inscrit dans le cadre du suivi de la campagne agricole 2025-2026, engagé par le ministère de l’Agriculture. En envoyant des délégations sur des sites longtemps oubliés, l’État tente de reprendre pied dans un monde rural qui a appris à survivre sans lui. Le signal est politique autant que technique . la relance agricole passera par la réhabilitation des CAPSA, ces structures censées irriguer les territoires en semences, en savoir-faire et en encadrement.
Le CAPSA Obokote a été conçu pour la multiplication des semences améliorées. Il a été abandonné juste après l’indépendance, vers 1962 », explique-t-il.
Malgré cet abandon de longue date, il insiste, la réhabilitation permettrait de relancer toute une chaîne agricole régionale, au bénéfice de plusieurs territoires.
De Lubutu à Punia, le même cri d’alarme
Le même malaise traverse d’autres territoires du Maniema, notamment Punia, où les services agricoles fonctionnent avec des effectifs réduits et des moyens quasi inexistants. Les agents couvrent des zones immenses, souvent sans salaire régulier, parfois sans moto. Mais ils continuent, par sens du devoir plus que par incitation.
Depuis 2014, c’est la première fois que nous recevons une délégation nationale. Nous avions l’impression d’être totalement oubliés », confie-t-elle.
J’avais 78 agents. Aujourd’hui, il n’en reste que 29. Les autres sont partis faute de salaires, de primes et même de frais de fonctionnement ».
En fin de journée, à Obokote, les agents remontent sur leurs motos. Les visages sont fatigués, les vêtements couverts de poussière. Mais personne ne parle d’échec. Ils ont vu, ils ont noté, ils ont témoigné.




Pour eux, la relance des CAPSA n’est pas un slogan administratif. C’est une promesse faite aux agriculteurs qu’ils croisent sur les pistes, aux familles qui attendent que la terre produise à nouveau. À Obokote, l’État est revenu regarder la réalité en face. Reste maintenant à transformer ce regard en actions concrètes, pour que ces centres oubliés redeviennent des lieux de vie et non des souvenirs.

