À Lubutu, au cœur de la province du Maniema, la relance agricole ne se décline plus en discours abstraits. Elle s’éprouve désormais sur le terrain, au contact direct des producteurs. C’est dans cet esprit qu’une délégation du ministère national de l’Agriculture, conduite par l’équipe du ministre Muhindo Nzangi, a procédé au lancement officiel de la campagne agricole 2025-2026 dans ce territoire stratégique du centre-est de la République démocratique du Congo.
La mission, venue de Kinshasa, portait un message clair : mobiliser les agriculteurs autour d’une agriculture productive, organisée et capable de soutenir durablement l’économie locale. Un signal politique fort, salué par les services techniques territoriaux, dans une zone longtemps en marge des grandes initiatives publiques en matière agricole.
Une vision gouvernementale déclinée sur le terrain
Pour le docteur Manu Mushabau, inspecteur territorial de l’Agriculture et ingénieur agronome, cette descente ministérielle marque une rupture. « C’est une démarche qui s’inscrit dans la vision du Chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, celle d’une agriculture qui valorise le sol, le sous-sol et le travail des producteurs », explique-t-il à KIS24
Selon lui, l’équipe de Muhindo Nzangi n’est pas venue faire un simple lancement symbolique, mais transmettre une orientation stratégique : sortir progressivement de l’agriculture de subsistance pour bâtir une production structurée, compétitive et tournée vers les marchés.
Les coopératives, clé de la transformation agricole
Au centre des échanges avec les agriculteurs figure la structuration des producteurs en coopératives agricoles organisées par filières. Une condition jugée indispensable pour accéder aux financements publics, à l’encadrement technique et aux programmes d’appui de l’État.
Sans organisation collective, il est difficile de parler de productivité ou de rentabilité », résume un encadreur agricole local.
Les coopératives sont ainsi encouragées à investir dans des cultures pérennes, capables d’assurer une production régulière et de créer de la valeur ajoutée sur le long terme.
Semences et routes : les deux verrous majeurs
Mais sur le terrain, la relance agricole se heurte à des contraintes bien identifiées. La première concerne l’accès aux semences de qualité. À Lubutu, les autorités agricoles plaident pour la réhabilitation d’une ancienne station semencière, héritée de l’époque coloniale, aujourd’hui à l’abandon. Sa remise en service permettrait d’approvisionner non seulement le nord du Maniema, mais aussi la province voisine de Tshopo.

Le second défi est logistique. La dégradation avancée des routes de desserte agricole freine l’écoulement des produits vers les marchés, décourage les producteurs et limite les perspectives de rentabilité. « Produire sans pouvoir évacuer, c’est travailler à perte », confie un agriculteur rencontré en marge de la cérémonie.
Une visite historique, attendue au tournant
Qualifiée d’historique par les acteurs locaux la première du genre en dehors des interventions ponctuelles des ONG la mission de l’équipe de Muhindo Nzangi suscite de nombreux espoirs. Mais ceux-ci restent conditionnés à un suivi rigoureux des engagements pris.
Le plus important commence maintenant », insiste le docteur Mushabau.




« Si les promesses sur les semences, l’encadrement et les infrastructures se concrétisent, Lubutu peut devenir un véritable pôle agricole. »
À Lubutu, la campagne agricole 2025-2026 s’ouvre donc sous le signe de l’espoir prudent, celui d’une relance annoncée, mais encore suspendue à la capacité de l’État à transformer les orientations politiques en actions concrètes sur le terrain.
