Plus de deux décennies après les violences qui ont ensanglanté l’ex-Grande Orientale, les plaies restent ouvertes. À Kisangani, la mémoire de la guerre de six jours de juin 2000 affrontements meurtriers entre armées étrangères en plein cœur d’une ville continue de hanter les familles endeuillées, les blessés à vie et les communautés durablement appauvries. C’est pour répondre à cette tragédie que le FRIVAO a été institué, à la suite des décisions judiciaires internationales condamnant l’Ouganda pour ses activités illicites en République démocratique du Congo

Mais aujourd’hui, ce mécanisme censé incarner la justice réparatrice traverse une zone de fortes turbulences. Après près d’une année d’immobilisme, la manifestation du 17 février dernier à Kisangani a agi comme un révélateur : celui d’une indignation profonde, nourrie par le sentiment d’abandon des victimes. Pour beaucoup, l’indemnisation ne représente pas un simple appui financier, mais un droit, une reconnaissance officielle de la souffrance endurée et une étape indispensable vers la restauration de la dignité humaine.

C’est dans ce contexte que l’honorable Patrick Matata Makalamba, professeur des universités, a lancé un plaidoyer ferme pour sauver le FRIVAO de l’enlisement. Il dénonce une gestion contestée, marquée notamment par ce qui est perçu comme une immixtion excessive du ministère de la Justice dans le fonctionnement quotidien d’un établissement pourtant doté, par le décret n°19/20 du 13 décembre 2019, d’une autonomie administrative et financière. À ses yeux, cette situation sape la confiance des bénéficiaires et vide le processus de réparation de sa substance.

Réparer pour reconstruire, respecter la loi pour réconcilier

Au cœur des critiques figure également le non-respect du texte fondateur fixant le siège du FRIVAO à Kisangani. Le déplacement de facto des organes de gestion vers Kinshasa est vécu par les victimes comme une rupture avec l’esprit de proximité voulu par le législateur. Une distance géographique et symbolique qui renforce le sentiment d’exclusion des populations directement concernées par les crimes réparés.

Autre source de malaise, des nominations controversées au sein du Conseil d’administration. Selon les communautés affectées, certains responsables seraient étrangers à l’histoire des atrocités subies et manqueraient de sensibilité face à la détresse persistante des victimes. Une situation qui alimente la méfiance et fragilise la crédibilité de l’ensemble du dispositif.

Face à cette impasse, Patrick Matata Makalamba, député élu de Kisangani et victime de la geure de six jours, formule des exigences claires : le respect strict des principes d’indépendance, d’équité et de transparence ; la réouverture effective des bureaux du FRIVAO à Kisangani ; la reprise et l’accélération de l’indemnisation des victimes déjà identifiées ; ainsi que l’extension des activités du fonds à Bunia, Buta et Isiro, afin d’intégrer les victimes encore non prises en charge.

Au-delà des indemnisations individuelles, l’élu insiste sur l’urgence des réparations collectives. La réhabilitation de la centrale hydroélectrique Tshopo 1, infrastructure stratégique pour le développement économique et social de la région, est présentée comme un symbole fort d’une réparation tournée vers l’avenir.

Pour les victimes, l’heure n’est plus aux lenteurs administratives ni aux querelles institutionnelles. À travers son plaidoyer, Patrick Matata Makalamba rappelle que le FRIVAO n’est pas un simple organe technique, mais un instrument de justice, de mémoire et de réconciliation. Le sauver, c’est honorer une obligation juridique. Le relancer, c’est répondre à un impératif moral et politique dans un pays où la paix durable passe aussi par la reconnaissance et la réparation des souffrances passées.

Leave A Reply