Le budget national double, mais la population s’enfonce dans la misère. Ce lundi 29 juin 2026 à Kisangani, le CNPAV et AFREWATCH ont exposé les chiffres révoltants d’un système qui enrichit Kinshasa et asphyxie les provinces.

L’enquête accablante menée entre 2020 et 2024 par le CNPAV et AFREWATCH met en évidence une fracture sociale révoltante, alimentée par une gestion budgétaire opaque et discrétionnaire. Alors que les ressources de l’État affichent une croissance inédite depuis 2022, plus de 70 % de la population congolaise continue de crouler sous le seuil de pauvreté extrême avec moins de 2,15 dollars par jour, se demandant où s’évapore l’argent public.

L’analyse approfondie des chiffres révèle une dérive structurelle des finances de l’État. L’exercice budgétaire démontre un emballement spectaculaire des dépenses de fonctionnement, qui ont explosé pour atteindre 124 % pour les institutions politiques et jusqu’à 139 % pour les ministères nationaux. À l’inverse, les investissements sociaux et productifs, censés construire les infrastructures de base, stagnent à des taux d’exécution dérisoires n’excédant pas 12 % de réalisation, sacrifiant ainsi le développement des provinces au profit du confort de la capitale.

Au-delà des chiffres globaux, les enquêteurs se sont heurtés à un mur d’opacité institutionnelle en tentant de cartographier la rémunération des hauts dirigeants. L’accès aux données financières s’est révélé strictement impossible pour la Présidence de la République ainsi que pour une partie des services de la Primature, où le montant exact des salaires et des primes mensuelles reste un secret d’État jalousement gardé. Pour les institutions accessibles, le constat confirme un système de gouvernement parallèle où l’explosion des primes non permanentes et des fonds spéciaux s’opère sans aucun lien avec la performance ou la responsabilité réelle des bénéficiaires.

Sur le terrain, cette injustice salariale institutionnalisée produit des conséquences catastrophiques et paralyse l’administration publique locale, à l’instar de la province de la Tshopo. Le mécontentement généralisé alimente des vagues de grèves successives et accélère une fuite massive des cerveaux parmi les professionnels de la santé et les enseignants du supérieur. La précarité frappe de plein fouet les agents de l’État en province, réduits à travailler dans des bureaux dépourvus de tables, de chaises et de meubles élémentaires, alors même que l’acquisition de ces équipements professionnels est régulièrement votée et financée dans le budget national.

Pour stopper cette hémorragie et restaurer la dignité des agents publics, la coalition CNPAV et AFREWATCH soumet cinq exigences capitales au gouvernement central afin d’amorcer un changement structurel irréversible. Les organisations réclament l’harmonisation immédiate d’une grille salariale unique pour mettre fin aux écarts entre agents de mêmes compétences, ainsi qu’une réduction drastique du train de vie des institutions, dont le fonctionnement ne devrait plus dépasser 10 à 15 % du budget global.

Enfin, elles exigent un renforcement des mécanismes de contrôle de la Cour des comptes par des audits réguliers, la priorisation absolue des investissements sociaux et l’adoption urgente d’une loi créant une Autorité nationale de régulation salariale soumise à une obligation stricte de transparence publique.

Denis BAKUMANI

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