RDC-forêt: Comment préserver ces fruits, racines, feuilles et noix sauvages, aphrodisiaques, nutritifs et médicinaux sous menace de disparition? (Prelude)

Vivre de la cueillette, ça vous fait penser à une époque préhistorique. Pourtant, même aujourd’hui, pour avoir accès à certains produits, les peuples forestiers de la République Démocratique du Congo ne peuvent se contenter que de la cueillette et du ramassage. Pour ces peuples, la forêt n’offre pas que le bois ; il y a aussi ces produits que l’on qualifie de « produits forestiers non ligneux (PFNL) », très utiles pour la vie de l’homme.  Parmi les PFNL les plus prisés en RDC, on peut citer le Ngadiadia (ou kadika), la noix de Kola, la Murondo, le Ndehe, le  tonga, mabongo, bombi,le fumbwa… 

Dans les milieux urbains, ils sont appréciés pour leurs vertus nutritives, médicinales ou pour des usages particuliers. La demande devenant de plus en plus grande, ils deviennent également rares suite à de nombreux facteurs. Un danger d’extinction,  à court ou à long-terme, plane vu la pression sur ces espèces en forêt. Comment prévenir cette menace de disparition ?

Un reportage de Hervé Mukulu, réalisé en partenariat avec Congo Basin/ Rainforest Journalism Fund.  Avec la participation de Picard Luhavo, Serge Sindani, Sarah Mangaza, Furahisha Jacques et Jackson Sivulyamwenge.

Ils servent de nourriture, de friandise ou de condiments ; consommés crus, infusés ou transformés. Ce sont aussi des médicaments efficaces auxquels s’appuient des communautés locales et peuples autochtones depuis la nuit des temps. Les bantous les recherchent aussi pour des vertus particulières, surtout quand la médecine moderne montre ses limites. Certains sont utilisés comme récipient, d’autres pour la construction des habitats, etc. Ils ont la seule caractéristique commune : ils ne sont pas cultivables, pour l’instant du moins. Malgré le fait qu’ils deviennent de plus en plus rares car menacés par l’insécurité, l’agriculture tant familiale qu’industrielle et l’exploitation forestière, leurs premiers bénéficiaires pensent qu’ils sont éternels et ne s’en soucient presque pas. Car, pour beaucoup d’entre eux, ce sont des bénédictions divines qui poussent naturellement.

Par ailleurs, ces fruits, noix, racines, feuilles, écorces, sève,… ne sont pas tous d’importance égale. Nous nous sommes penchés sur les plus prisés dans 5 provinces de la RDC (Nord-Kivu, Ituri, Tshopo, Tanganyika et Kinshasa).

En République démocratique du Congo, l’étude réalisée par Profizi et al (1993) a identifié, pour les PFNL, 166 espèces alimentaires et 239 aliments, 176 espèces pour 289 usages techniques, 463 espèces à usage médicinal et médico magique.

Ce périple à la découverte des fruits de la mère-nature commence dans une commune rurale de moins de 100 mille habitants, au Nord de la province du Nord-Kivu, à 30 km de la ville de Beni. Oïcha est une cité instable suite à la présence des milices armées locales et étrangères dans ses environs. Elle a été la cible de plusieurs attaques armées durant cette dernière décennie.

Une sorte de thé faite à base de Ngongolio, Ngbako, ketsu, murondo et autres produits forestiers. ©Jackson Sivulyamwenge
Une sorte de thé faite à base de Ngongolio, Ngbako, ketsu, murondo et autres produits forestiers. ©Jackson Sivulyamwenge

Dans un coin du rond-point Oïcha, éponyme à la ville, les hommes se remplacent sur les bancs autour d’une jeune dame, la vingtaine d’âge, vendeuse d’une sorte de  thé faite à base de Ngongolio, Ngbako, ketsu, murondo et autres produits forestiers.  Il s’agit d’une infusion de différentes noix et racines qu’on ne saurait qualifier réellement de thé, de café ou potion. Une spécialité qui fait la renommée de cette cité. A la maison, dans les vérandas des chefs tout comme dans les points de vente de la cité, les consommateurs sont réguliers et viennent pour les mêmes raisons, la bonne santé et le social. Eh oui ! Il faut une bonne raison pour s’habituer à boire quotidiennement, voire plus d’une fois le jour, une infusion tellement amère et dans laquelle tout le monde te déconseille de mettre même une infime quantité de sucre.

« Je suis chauffeur de voiture. Chaque jour quand j’arrive ici, je dois prendre le ngbako qui m’aide à soigner les maux de hanche et soigne les reins. Je ne sais voyager sans en prendre sous peine d’être très fatigué.», nous confie Sugabo Bahati, alors qu’il ingurgite sa mesure habituelle d’une tasse faite de bambou. Juste à ses côtés, un autre consommateur, la quarantaine révolue, vient boire le ngbako au même endroit depuis plus de 10 ans car, « C’est très bénéfique pour la santé, ça soigne le corps surtout en ce temps des épidémies (covid_19, Ebola, NdlR) ». Il est complété par son ami : «  Ça contrôle le pancréas, tout le corps, contrôle le risque de diabète, ça donne aussi de la force. »

Par la force, on attend l’état d’esprit éveillé comme celui que procure du café, mais aussi, la force sexuelle

Redaction

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