Le bureau était feutré, les regards lourds et les sourires rares sur les visages. Autour du Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, deux hommes que tout oppose depuis des mois : Paulin Lendongolia Lebabonga, gouverneur réhabilité de la Tshopo, et Mateus Kanga, président de l’Assemblée provinciale. Objectif affiché était de tourner la page d’une crise politique persistante et jeter les bases d’une gouvernance apaisée. Mais très vite, l’atmosphère a laissé entrevoir une tout autre réalité selon nos sources.

Dès les premiers échanges, les mots sont pesés par Mateus et Paulin, les phrases calibrées, parfois tranchantes. Chacun arrive avec ses certitudes, ses griefs, et surtout, sa lecture de la crise actuelle. Le VPM, en arbitre indesiré, tente de poser le cadre : l’État avant les querelles personnelles, la stabilité des institutions avant les calculs politiques. En face, les protagonistes acquiescent, sans réellement se convaincre.

Paulin Lendongolia se veut conciliant. Le gouverneur reconnaît, à demi-mot, des erreurs du passé , accepte l’ opportunité de la motion. Il promet des correctifs : un remaniement gouvernemental « pour assainir l’équipe », une réduction des effectifs à la DGRPT, symbole, selon lui, d’une gouvernance plus rigoureuse. Le ton est posé, presque contrit. Mais dans le camp d’en face, ces annonces sonnent comme un déjà-vu.

Mateus Kanga, lui, l’homme sur qui l’espoir des tshopolais repose reste droit dans ses bottes. Peu expansif, mais ferme. Pour son entourage, la méfiance est totale. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », glisse un proche, rappelant que Paulin Lendongolia aurait tenu, par le passé, des engagements similaires devant de hautes autorités religieuses sans que les actes ne suivent. Dans la salle, cette défiance est palpable. Chaque mot du gouverneur est décortiqué, suspecté, parfois rejeté d’un revers de main.

Très vite apprend kis24.info, la discussion se déplace vers le fond du problème : les dossiers qui fâchent. Celui de la Cour de cassation d’abord. L’Assemblée provinciale campe sur sa position : la procédure doit suivre son cours, rien que la loi, toute la loi. Le VPM écoute, prend note, ne tranche pas.

Vient ensuite l’épineuse question de l’invalidation des députés provinciaux absentéistes. Paulin Lendongolia agite le spectre de la violence, redoute des débordements comme fut le cas pour la motion. L’Assemblée, elle, refuse de gouverner par la peur. « L’État ne peut pas craindre des hors-la-loi », lâche un cadre parlementaire, dans une phrase qui claque comme un avertissement.

Mais c’est le remaniement du gouvernement provincial qui cristallise les tensions. Pour Paulin, il s’agit d’écarter des ministres jugés inefficaces. Pour Mateus Kanga, c’est une manœuvre politique de plus, destinée à solder des comptes et à marginaliser l’Assemblée provinciale. Le fossé est béant. Aucun terrain d’entente ne se dessine.

Au fil des minutes, l’espoir d’un compromis s’evapore . Le VPM multiplie les appels au calme, à la responsabilité, à l’intérêt supérieur de la province. En vain. Les positions restent figées, les rancœurs intactes. Finalement, Jacquemain Shabani Lukoo se résout à lever la séance. Pas de communiqué commun. Pas de poignée de main symbolique. Chacun repart avec ses certitudes… et ses frustrations.

À Kisangani, la nouvelle se répand vite et le Camp Paulin chante l’hymne de paix, fumée blanche mais hélas, voici ce que kis24 apprends : la réconciliation a échoué. La crise, elle, demeure. Et dans les couloirs du pouvoir provincial, une demande se présente : Paulin ne peut-il pas démissionner ? Saura t-il gérer par défis ? jusqu’où ira ce bras de fer institutionnel ?

Sans scénario clair. Ni date de fin, la tshopo est encore loin de vivre l’harmonie entre les deux institutions.

Leave A Reply