La République démocratique du Congo veut tourner la page d’une agriculture encore largement artisanale. Devant le Sénat, le ministre d’État à l’Agriculture et sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, a annoncé le lancement imminent des travaux de la première unité de montage de tracteurs agricoles du pays, un projet présenté comme une étape majeure dans la stratégie de mécanisation impulsée par le président Félix Tshisekedi.

La première unité sera implantée à Songololo, dans le Kongo Central, près de Kimpese sur la Route nationale numéro 1. Le début des travaux est prévu ce vendredi 28 mai. Une deuxième unité de montage verra également le jour dans la Zone économique spéciale de Musienene, au Nord-Kivu.

Pour le gouvernement, ce projet dépasse le simple cadre agricole. Il s’agit d’un pari industriel et économique destiné à réduire la dépendance extérieure de la RDC dans le domaine des équipements agricoles, tout en créant une nouvelle chaîne de valeur locale autour de la mécanisation.

Nous avons obtenu des concessionnaires l’implantation de deux premières unités de montage de tracteurs », a déclaré Mohindo Nzangi au cours de sa réplique à la question orale avec débat initiée par le sénateur Willy Itsundala sur la gestion des intrants agricoles.

Tshisekedi veut industrialiser l’agriculture congolaise

Depuis plusieurs années, le président Félix Tshisekedi fait de l’agriculture un pilier de diversification économique, dans un pays encore fortement dépendant des importations alimentaires malgré ses immenses potentialités agricoles.

À travers ce projet, l’exécutif ambitionne non seulement d’augmenter la productivité agricole, mais aussi de structurer une véritable industrie nationale de la mécanisation. Le gouvernement affirme avoir engagé des discussions avec des partenaires ukrainiens ainsi que des entreprises congolaises afin de favoriser le transfert de technologies et l’assemblage local des équipements.

Les futures unités devraient permettre de réduire les coûts d’acquisition des tracteurs, d’assurer la disponibilité des pièces de rechange et de limiter les difficultés de maintenance qui ont longtemps plombé les précédents programmes de motorisation agricole en RDC.

Des engrais produits localement

Dans la même dynamique, le ministère de l’Agriculture travaille sur trois projets d’implantation d’unités de blending d’engrais minéraux à Boma, Lubumbashi et dans le Nord-Kivu.

Selon le gouvernement, ces infrastructures permettront de stabiliser l’offre nationale en engrais, de renforcer le contrôle qualité et de réduire la dépendance vis-à-vis des importations.

Parallèlement, le ministre a annoncé la création des brigades de motorisation agricole placées sous la gestion du SENAMA. Ces brigades sont actuellement en cours d’installation dans plusieurs provinces du pays, tandis que des tracteurs sont déjà acheminés vers certaines zones agricoles.

Une puissance agricole en devenir

Avec plus de 80 millions d’hectares de terres arables, une pluviométrie abondante et un important potentiel hydrique, la RDC est régulièrement présentée comme l’un des futurs greniers agricoles du continent africain.

Pour Muhindo Nzangi, la mécanisation constitue désormais une condition essentielle pour transformer ce potentiel en puissance économique réelle. Le gouvernement espère ainsi renforcer la sécurité alimentaire nationale, stimuler l’emploi rural et réduire la facture des importations alimentaires.

À Kinshasa, les autorités présentent déjà ce projet de tracteurs “made in RDC” comme l’un des symboles de la nouvelle politique agricole portée par le tandem Tshisekedi–Nzangi.

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