Après plusieurs années de dialogue facilité par un mécanisme indépendant de médiation, les relations entre Plantations et Huileries du Congo et les communautés riveraines entrent dans une nouvelle phase. Moins diplomatique, plus opérationnelle, elle sera désormais scrutée à l’aune des actes.

À Lokutu, dans la province de la Tshopo, comme à Boteka (Équateur) et Yaligimba (Mongala), la nouvelle a valeur de tournant, le processus de médiation engagé depuis 2018 entre les communautés locales et Plantations et Huileries du Congo (PHC) est officiellement clos. Réunies au Centre Boboto, à Kinshasa, les parties prenantes ont acté la fin de cette étape et validé un nouveau mécanisme centré sur le suivi effectif des engagements pris.

Pour les populations riveraines des plantations de palmier à huile, il ne s’agit pas d’un simple ajustement procédural, mais d’un changement de paradigme.

De la médiation à la reddition de comptes

La médiation avait été lancée sous l’égide du Mécanisme Indépendant des Plaintes (ICM) à la suite d’une plainte déposée par l’ONG RIAO-RDC, au nom des communautés affectées par les activités de PHC, alors financée par des banques européennes de développement.

Pendant plusieurs années, ce cadre a permis de maintenir un dialogue structuré, parfois difficile, mais continu. Même après le retrait des bailleurs européens et le changement d’actionnariat en 2020, la nouvelle direction de PHC avait choisi de poursuivre la médiation, cherchant à stabiliser un environnement social longtemps conflictuel.

La publication d’un rapport final en 2024, suivie de la signature d’accords de cohabitation pacifique sous la facilitation des autorités provinciales, a ouvert la voie à la phase actuelle, celle de la mise en œuvre.

Un comité de suivi sous leadership local

Ce qui change concrètement pour Lokutu rapporte le communiqué, Boteka et Yaligimba, c’est la création d’un Comité de Suivi des Accords (CSA), appelé à remplacer la logique de médiation par celle du contrôle citoyen. Le suivi est confié à RIAO-RDC, en collaboration avec d’autres organisations locales de la société civile telles que CADAP, MUDEV ou ANPS, sous réserve de validation par les communautés et par l’entreprise.

Le CSA aura pour mission de vérifier le respect des engagements, de documenter les avancées et de signaler les manquements. Des rapports réguliers devront être produits et partagés avec les parties concernées, introduisant une dynamique de transparence rarement observée à ce niveau dans le secteur agro-industriel congolais.

Des attentes fortes sur le terrain

Sur le terrain, les attentes restent élevées. Accès à la terre, infrastructures sociales, emploi local, respect des droits des communautés : autant de sujets qui ont nourri les tensions passées. PHC met en avant ses investissements récents hôpitaux, écoles, routes, ponts et une transformation de sa gouvernance depuis 2021. Mais pour les communautés, l’essentiel réside désormais dans la traduction concrète de ces engagements dans leur quotidien.

La médiation a permis de parler. Le suivi devra prouver », résume un acteur communautaire impliqué dans le processus.

Un test pour l’agro-industrie en RDC

Au-delà des trois sites concernés, l’expérience est suivie de près par les autorités, la société civile et les partenaires du développement. Dans un pays où les conflits entre entreprises et communautés locales sont fréquents, la réussite ou l’échec du CSA pourrait servir de référence.

À Lokutu, Boteka et Yaligimba, la médiation appartient désormais au passé. L’avenir, lui, se jouera sur la capacité des acteurs à transformer des accords signés en améliorations tangibles, visibles et durables.

Leave A Reply