À Kinshasa, dans les salons feutrés du Sultani Hôtel, une image a dominé les débats sur l’avenir économique de la République démocratique du Congo celle d’un Airbus A380 assemblé en France grâce à des millions de pièces produites dans 77 pays à travers le monde.

Cette démonstration économique, à la fois simple et stratégique, a été portée par le député national Patrick Matata Makalamba lors du « Deuxième forum de haut niveau sur la paix et la sécurité en RDC et dans la région des Grands Lacs », organisé à Kinshasa les 20 et 21 mai 2026 par Ebuteli, la Friedrich Ebert Stiftung et le Département fédéral des affaires étrangères de la Confédération suisse.

Face à des diplomates, chercheurs, responsables politiques, représentants de la société civile et partenaires internationaux, l’élu national a défendu une vision économique fondée sur l’interdépendance industrielle plutôt que sur les réflexes de méfiance géopolitique.

L’argument Airbus au cœur du débat régional

Intervenant au cours de la session consacrée à « l’accord de partenariat stratégique, le cadre d’intégration régionale et la cohérence avec les initiatives de paix », Patrick Matata Makalamba a développé une réflexion axée sur l’insertion de la RDC dans les chaînes de valeur mondiales.

Pour illustrer son propos, il a choisi l’exemple de l’Airbus A380, symbole par excellence de la mondialisation industrielle. L’appareil est assemblé à Toulouse, mais ses composantes proviennent de dizaines de pays répartis sur plusieurs continents.

À travers cette comparaison, le député a voulu démontrer que la transformation d’une ressource dans un autre pays ne signifie pas automatiquement une perte de souveraineté économique.

Il n’y a pas de crainte à dire qu’on va exploiter au Congo et transformer au Rwanda », a déclaré Patrick Matata Makalamba devant les participants, en s’appuyant sur les logiques contemporaines de production fragmentée et de coopération industrielle internationale.

Une position qui intervient dans un contexte particulièrement sensible en RDC, où les débats sur l’exportation des minerais, la transformation locale et les relations économiques avec les pays voisins restent fortement politisés.

Un forum dominé par les enjeux de paix et de justice

Placée sous le thème « De la paix transactionnelle à la justice transitionnelle », la rencontre visait à réfléchir aux mécanismes de stabilisation durable de la RDC, dans un contexte marqué par la résurgence du M23 dans l’est du pays et les tensions persistantes dans la région des Grands Lacs.

Les discussions ont porté sur plusieurs axes : les mécanismes de redevabilité pour les crimes commis durant la crise sécuritaire actuelle, les initiatives diplomatiques régionales, les accords économiques ainsi que les stratégies collectives de stabilisation.

Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Guillaume Ngefa, Jacquemain Shabani, des représentants des Nations unies, de Human Rights Watch, des universitaires et plusieurs acteurs de la société civile.

Les minerais congolais au centre des réflexions

L’intervention de Patrick Matata Makalamba intervient alors que la RDC demeure l’un des principaux détenteurs mondiaux de cobalt, de cuivre, de coltan et d’autres minerais stratégiques indispensables aux industries technologiques et énergétiques.

Mais malgré cette richesse, le pays exporte encore majoritairement ses ressources sous forme brute, laissant la transformation industrielle et la valeur ajoutée à d’autres économies.

Dans ce contexte, la question de savoir si la RDC doit privilégier une industrialisation exclusivement nationale ou s’inscrire dans des chaînes régionales et mondiales de production demeure au cœur des débats économiques.

En utilisant l’exemple de l’Airbus A380, Patrick Matata Makalamba a cherché à repositionner cette discussion dans une logique globale d’intégration industrielle, où plusieurs pays participent à la fabrication d’un même produit stratégique.

Une intervention qui a marqué les échanges

Durant les deux jours de travaux, les discussions ont régulièrement fait le lien entre sécurité, économie régionale et gouvernance des ressources naturelles.

Dans les couloirs du forum comme lors des panels officiels, la place économique de la RDC dans la région des Grands Lacs est apparue comme l’une des questions centrales des réflexions engagées à Kinshasa.

À travers son intervention, Patrick Matata Makalamba aura ainsi tenté de défendre une vision économique reposant sur la coopération régionale, l’intégration aux chaînes de valeur mondiales et l’interdépendance industrielle comme leviers potentiels de stabilité et de développement durable pour la RDC.

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