À Kisangani, une vingtaine d’acteurs clés se sont réunis ce jeudi 09 avril dans la salle des réunions de la CNDH lors d’une journée de réflexion consacrée à la problématique de l’accès à la justice pour les femmes et les filles victimes de violences basées sur le genre (VBG). Organisée par le mouvement Rien Sans les Femmes (RSLF), cette activité s’est inscrit dans le cadre du projet Tufaulu Pamoja (« Réussissons ensemble »), avec l’appui technique et financier de l’ambassade de Suède via CAFOD.

La province de la Tshopo, et particulièrement la ville de Kisangani, fait face à de nombreux défis en matière de protection des droits des femmes et des filles. Malgré l’existence de textes juridiques garantissant l’accès à la justice, plusieurs obstacles persistent : méconnaissance des procédures judiciaires, lenteur des démarches, insuffisance d’accompagnement juridique et psychosocial, et persistance de l’impunité dans certains cas.

Face à cette situation, cette rencontre visait à analyser en profondeur ces difficultés et à proposer des solutions durables. Animée par Maître Lauriane Kolongo, avocate au barreau de la Tshopo, la journée a réuni des représentants d’organisations féminines, des institutions publiques, des magistrats, des officiers de police judiciaire, des avocats, ainsi que des médias.

Pour Mme Claudine BELA, point focal de ce mouvement des femmes, l’objectif principal était de contribuer à l’amélioration de l’accès à la justice pour les victimes de VBG. Plus spécifiquement, les participants ont cherché à :
identifier les obstacles majeurs,
relever les lacunes du système judiciaire,
renforcer la collaboration entre acteurs,
formuler des recommandations concrètes,
et établir une feuille de route pour le suivi.

Les données présentées lors de cette rencontre révèlent l’ampleur du phénomène :
1326 cas de VBG enregistrés en 2024, dont 1324 femmes et 2 hommes ; les adolescentes de 12 à 17 ans sont les plus touchées avec 870 cas ; suivent les enfants de 0 à 12 ans (221 cas) et les jeunes de 18 à 25 ans (174 cas).

Les violences surviennent principalement dans l’après-midi, la nuit (entre 19h et 5h) et parfois dans des lieux comme les hôtels.

Par ailleurs, seulement 516 cas ont été pris en charge par la justice, ce qui souligne l’ampleur du défi.

Recommandations clés

Les participants ont insisté sur plusieurs actions prioritaires :
interdire strictement les arrangements à l’amiable, renforcer la sensibilisation sur les VBG, vulgariser les lois en langues locales, notamment dans les églises,
organiser des journées portes ouvertes,
améliorer l’orientation des victimes vers les services judiciaires, étendre les interventions à d’autres zones de santé de la Tshopo.

Cette activité, organisée dans le cadre du mois de la femme, s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion des droits humains et de l’égalité des genres. Mme Claudine Bela a salué la mobilisation des participants et appelé les partenaires à soutenir la mise en œuvre des recommandations, tout en plaidant pour une extension des actions au-delà de Makiso, Kisangani et Isangi. Voici les acteurs de mise en œuvre : CAFOD ( Caritas d’Angleterre et de Pays de Galles) répondant direct du projet ; CEJP (Commission Épiscopale Juriste et Paix); RSLF ( Mouvement Rien Sans les Femmes) et UJCC ( Union des Jeunes Congolais pour le Changement).

De son côté, Maître Lauriane Kolongo a rappelé l’importance de la responsabilité collective :
« Travaillons avec conscience, nos frères et sœurs ont besoin de justice. »

Augustin Tsheza

Journaliste Reporter

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