Des tensions momentanées règnent, ces derniers jours, dans les rues de Kisangani à la suite du lancement d’une vaste opération de démolition de kiosques en bois situés à proximité des axes routiers notament sur les emprises publiques. Cette opération est exécutée par les éléments de la Police nationale congolaise (PNC) sur instructions de l’autorité urbaine.
Loin de contester la nécessité d’assainir la ville ou de sécuriser les emprises publiques, les citoyens et les acteurs de la société civile dénoncent un manque de clarté et de pédagogie dans la mise en œuvre de ces mesures.
Dans une note parvenue à KIS24, l’activiste Francis Molenge monte au créneau pour rappeler la réalité sociale d’une province de la Tshopo particulièrement fragilisée par sa proximité avec l’Ituri et les Kivus. Kisangani accueille actuellement de nombreux déplacés qui tentent de survivre grâce à de modestes activités génératrices de revenus.

Pour ces familles, un simple kiosque en bois représente souvent l’unique bouée de sauvetage financière. Brutalisés par des démolitions improvisées, ces citoyens se sentent frappés de plein fouet par une politique administrative qu’ils jugent punitive plutôt qu’accompagnatrice.
Face au flou, plusieurs interrogations majeures sont soulevées pour exiger des comptes au Maire de la ville :
1.Le flou sur les distances réglementaires : L’absence de consignes chiffrées sur le nombre exact de mètres à respecter entre les installations et la chaussée laisse planer le doute sur l’arbitraire de l’opération.
2.L’absence d’alternatives techniques claires : Aucune précision n’est donnée sur les matériaux tolérés – qu’il s’agisse de structures en fer, en briques ou de normes de crépissage – poussant les petits commerçants dans l’impasse.
3.Le besoin d’un moratoire raisonnable : Les victimes réclament un délai de grâce pour se conformer volontairement aux textes au lieu de subir des destructions soudaines sans sommation préalable.
4.La suspension temporaire des ordres ambigus : Molenge demande un réexamen immédiat de la mesure tant que le fondement juridique et les directives précises ne sont pas officiellement vulgarisés.
Loin de prôner l’anarchie ou de rejeter l’idée d’une ville moderne et ordonnée, l’appel de Francis Molenge résonne comme un plaidoyer pour un État de droit équitable. L’autorité publique ne peut légitimement exiger le respect des lois sans veiller au préalable à leur accessibilité et à leur compréhension par le plus grand nombre. À Kisangani, le défi reste entier : bâtir une ville assainie sans sacrifier la dignité et les maigres moyens de survie d’une population déjà lourdement éprouvée.

