Le Conseil Provincial de la Jeunesse (CPJ en sigle) de la Tshopo a adressé un mémo poignant aux autorités locales et nationales, tirant la sonnette d’alarme sur la dégradation alarmante de la sécurité dans la ville de Kisangani. Autrefois havre de paix, la capitale provinciale est désormais plongée dans une spirale de violence qui menace le quotidien de ses habitants et l’économie locale.

Dans un document détaillé de plus de six pages, élaboré en collaboration avec d’autres structures de jeunes et de la société civile, le CPJ ne mâche pas ses mots : « Nous, Conseil Provincial de la Jeunesse de la Tshopo, en collaboration avec les structures des jeunes et de la société civile, venons très respectueusement porter à votre haute attention la recrudescence inquiétante de l’insécurité dans la ville de Kisangani. Autrefois reconnue comme l’une des villes les plus paisibles de la République Démocratique du Congo, Kisangani est aujourd’hui confrontée à une montée alarmante de violences urbaines. Les actes d’agression, de vol à main armée, de cambriolages, de disparitions suspectes, de justice populaire et d’exécutions sommaires s’y multiplient, fragilisant la paix sociale, les activités économiques et le quotidien des habitants. »

Ce message percutant a été directement adressé au Gouverneur de la Tshopo, au maire de Kisangani, au Procureur Général, aux commandants de la PNC et des FARDC, aux services de renseignement et aux organisations de la société civile, soulignant l’ampleur du problème et la nécessité d’une réponse multi-acteurs.

Le CPJ dresse un tableau sombre et des recommandations pressantes

Le CPJ a étayé son plaidoyer par une série de faits récents et glaçants : assassinats, vols et cambriolages à main armée, braquages, affrontements entre police et milices Wazalendo à Lubunga, cas de justice populaire, agressions, et la disparition inquiétante d’un étudiant en médecine de l’Université de Kisangani.

Les témoignages recueillis auprès de la population brossent un tableau alarmant : un manque criant de présence policière, des défaillances de l’éclairage public, et surtout, une impunité persistante qui alimente un sentiment d’abandon. « Cette situation pousse certains citoyens à recourir à des formes de justice populaire, accentuant ainsi le chaos », a déclaré le CPJ lors de sa conférence de presse ce vendredi 20 juin 2025.

Face à cette urgence sécuritaire, le Conseil Provincial de la Jeunesse et les organisations partenaires ont formulé des recommandations précises :

  • Au Gouverneur de la province : Favoriser une coordination renforcée entre les autorités politico-administratives, judiciaires et les services de sécurité (PNC, ANR, DGM, FARDC) pour une réponse rapide et efficace. Il est également crucial de renforcer les capacités logistiques et opérationnelles de la PNC et des FARDC, notamment par la dotation en carburant, équipements de communication, véhicules et moyens d’intervention adaptés aux réalités urbaines.
  • Au Maire de la Ville de Kisangani : Publier périodiquement un rapport officiel détaillé sur la situation sécuritaire pour renforcer la confiance citoyenne. Il est également impératif de décréter une interdiction stricte de la vente et de la consommation de boissons fortement alcoolisées dans les zones sensibles, et de fermer les points de vente illégaux de chanvre. La mise en place de numéros verts gratuits et opérationnels 24h/24 par commune, assortie d’une large campagne de vulgarisation, est essentielle. Le CPJ insiste aussi sur l’intensification des patrouilles diurnes et nocturnes, surtout dans les quartiers les plus exposés, et l’allocation régulière de carburant à la PNC pour garantir leur mobilité.
  • Aux autorités judiciaires : Organiser régulièrement des procès publics et médiatisés pour les criminels appréhendés, afin de restaurer la confiance dans le système judiciaire.
  • Aux services de sécurité : Assurer une discipline stricte des troupes lors des opérations pour éviter les abus, et renforcer la collaboration entre la police et les communautés locales via des forums de dialogue et des comités mixtes de sécurité.
  • Aux organisations de la société civile : Sensibiliser la population à l’utilisation des numéros d’urgence et renforcer la vigilance citoyenne pour signaler toute activité suspecte, faisant de cette vigilance collective une barrière préventive.

Le Conseil Provincial de la Jeunesse et les organisations de la société civile concluent leur appel par un message fort aux autorités et partenaires : « Nous appelons toutes les autorités et partenaires à une action immédiate, coordonnée et durable pour restaurer la paix à Kisangani. Ensemble, nous pouvons redonner espoir à notre population. Veuillez agréer, Excellences, Mesdames et Messieurs, l’expression de notre très haute considération. »

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