La ville de Kisangani a rendu un hommage déchirant et combatif à Joël Mbiya Kanyinda, journaliste à KIS24 et militant du mouvement citoyen FILIMBI, décédé prématurément à l’âge de 32 ans, et inhumé ce 18 octobre 2025, au cimetière moderne Paradiso. Au-delà du deuil, la famille, les proches et collègues ont dénoncé une « tragédie » et « l’issue cruelle d’une traque » ayant conduit à sa mort.
C’est dans l’émotion et la colère que la communauté, rassemblée samedi pour son inhumation au cimetière moderne de Paradiso, a salué la mémoire d’un homme décrit comme un héros local. Ses amis, qui ont formé des « groupes anti-gangster » en son honneur, ont insisté sur son rôle de leader et son courage inébranlable dans la lutte contre la criminalité.
« Joël, tu es parti trop tôt, mais ton héritage vivra à travers nos actions », ont-ils déclaré, promettant de « poursuivre la lutte en son honneur » et de continuer à se battre pour un avenir meilleur. « Ta lutte nous a donné la force et le courage de connaître nos droits. »
Pour son père biologique, Achille Mbiya, Joël est parti alors que la famille avait encore besoin de lui. Dans un témoignage poignant fait à la messe, Achille n’a pas manché ses mots pour dire tout haut ce qui se tramait tout bas. Son fils, combattant de la liberté, a été contraint à la mort, faisant taire l’une des voix courageuses contre la kakistocratie et l’injustice. Cependant, il s’est dit fier du combat mené pour son enfant tout au long de son vivant.
Un autre hommage le plus cinglant est venu de Serge Sindani, Directeur Général de KIS24, le média pour lequel travaillait Joël Mbiya. Dans une déclaration forte, il a transformé le nom de Joël Mbiya en un symbole d’engagement.
« Joël n’était pas seulement un nom, il était un verbe : le verbe dire, le verbe dénoncer, le verbe se lever. Il était un journaliste — un chercheur de vérité. Il était un militant de FILIMBI — une conscience vivante, un mur contre l’injustice. », a-t-il dit.
M. Sindani a clairement imputé la mort de son collègue à l’acharnement dont il a été victime pour ses prises de position. « L’unique crime de Joël fut son courage. Le courage, ici, à Kisangani, à Tshopo, était de dénoncer. Son arme était sa plume, sa voix, son engagement pour le bien-être de sa province. »
Mort par traque
Le Directeur de KIS24 a ensuite révélé les circonstances dramatiques ayant mené au décès de Joël Mbiya. « Ce sont les coups, les blessures, la peur constante, la menace qui l’ont usé jusqu’à le briser. Joël est mort parce qu’il n’a pas pu se soigner, parce qu’il a été forcé de vivre caché, traité comme un vulgaire bandit, lui, la voix de la Tshopo. »
Cette mort, dénonce-t-il, fait écho au sort d’autres militants et journalistes de la province, citant notamment « notre frère Jédidia MABELA, injustement condamné », et tous ceux « qui sont frappés, traqués et bâillonnés pour avoir osé parler. »
« Aujourd’hui, la Tshopo ne pleure pas seulement un fils, elle saigne. Un Journaliste-militant est tombé, mais le message de sa mort est clair : notre liberté de dire et d’agir est en danger », a-t-il conclu.
Né en 1993 à Kisangani, Joël Mbiya Kanyinda, originaire du grand Kasaï, a été inhumé samedi après une messe d’action de grâce en la paroisse Saint Joseph Artisan de la Tshopo, en présence de plusieurs personnalités venues l’accompagner à sa dernière demeure. Son décès tragique à 32 ans, célibataire de son état, est perçu par la société civile locale comme un sombre avertissement sur le prix à payer pour la liberté d’expression en RDC.