À Kisangani, sur l’avenue Tabora (Commune de Makiso), l’atmosphère paisible habituelle a laissé place à une tension palpable. La présence inhabituelle des forces de l’ordre attire l’attention des passants. Derrière ce déploiement se cache un conflit foncier emblématique : un bras de fer opposant l’église Yaliyele, dirigée par le pasteur Bongoma, à Monsieur Éric Mbuyi, propriétaire d’une parcelle riveraine.

L’enquête sur le terrain révèle une situation juridique asymétrique. D’un côté, Monsieur Éric Mbuyi oppose à ses détracteurs un dossier solide, dont les racines remontent à l’époque coloniale notamment le certificat d’enregistrement original de concession, un accusé de réception officiel de la division des titres immobiliers et un croquis cadastral certifié, garantissant les limites historiques de la propriété.

Face à cet arsenal de preuves, l’église Yaliyele semble peiner à produire le moindre document contradictoire. Plus probant encore, le Conservateur des Titres Immobiliers, saisi officiellement par le pasteur Bongoma lui-même, aurait confirmé par écrit que la parcelle appartient sans équivoque à Monsieur Mbuyi.

Malgré cette clarté administrative, la stratégie d’occupation semble avoir pris le pas sur le droit. Des travaux, notamment l’aménagement d’un étang à proximité immédiate de la parcelle, sont perçus par le voisinage comme une tentative d’appropriation de fait.

Le volet le plus inquiétant de cette affaire réside dans l’instrumentalisation des fidèles. Des informations concordantes font état d’appels à la mobilisation pour des marches de protestation. Cette tactique vise à transformer un litige civil limpide en une crise sociale, brouillant les pistes entre ferveur religieuse et intérêts fonciers.

« En RDC, la propriété foncière est protégée par la loi. Tout acte d’occupation sans titre constitue une infraction. La justice se rend sur la base de documents authentifiés, et non sous la pression de la foule », a souligné un analyste, proche du dossier.

L’Église face à sa responsabilité morale

Au-delà de l’aspect judiciaire, ce dossier interroge sur l’éthique des institutions religieuses. L’implication présumée d’une communauté de foi dans une démarche de spoliation fragilise l’image de l’Église.

Peut-on prêcher la vérité tout en contestant des titres légaux ? Quelle place pour la paix sociale quand des fidèles sont poussés à l’affrontement ?

Ce qui se joue sur l’avenue Tabora est un microcosme des défis qui pèsent sur la République démocratique du Congo.

C’est un test de crédibilité pour l’ administration foncière, qui doit faire respecter ses propres certificats, les forces de l’ordre, dont la neutralité est indispensable et la justice, qui doit protéger le citoyen contre l’arbitraire.

À l’heure où les autorités nationales font de la lutte contre la spoliation foncière un cheval de bataille, l’affaire Mbuyi — Yaliyele est scrutée de près. Si le droit est clair, il ne reste qu’une issue : son application stricte, sans interférence ni intimidation.

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