La coalition « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV) et l’ONG Afrewatch a réuni, à Kisangani, des syndicalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des citoyens pour expliciter l’impact des écarts salariaux entre les dirigeants politiques et les fonctionnaires sur les services publics, après des enquêtes menées sur la répartition des budgets nationaux ces dernières années.
C’était au cours d’une tribune d’expression populaire sur les disparités salariales et le train de vie des institutions en RDC, organisée ce jeudi 16 juillet au Centre Pastoral de Kisangani. L’analyse comparative des budgets de l’État entre 2020 et 2024 révèle une contradiction majeure : malgré la hausse progressive du budget national, les conditions de vie des fonctionnaires stagnent. C’est le principal constat présenté par le juriste et activiste pro-démocratie Lambert Bakonda, présentateur de l’enquête de CNPAV.
D’après les rapports de Afrewatch et du CNPAV, les frais de fonctionnement des institutions publiques consomment une part disproportionnée des ressources de l’État, au détriment des rémunérations des agents de carrière.

« Il y a des institutions qui touchent beaucoup d’argent sans produire de résultats. Si vous prenez les entreprises publiques, par exemple au sein du Fonarev, un Directeur général touche plus de cent fois le salaire d’un huissier. C’est une violation de l’article 36 de la Constitution qui garantit un salaire conforme à la dignité humaine », a dénoncé Lambert Bakonda.
Pour les organisateurs, cette faiblesse des salaires détruit l’efficacité de l’administration publique. Elle pousse les fonctionnaires à des pratiques de survie, notamment le surendettement à travers le système d’usure locale communément appelé « Banque Lambert », ou encore la corruption.
Dans la salle, la colère était palpable chez les professionnels de la santé et de l’éducation, particulièrement touchés par ces écarts.
« Ce n’est pas l’argent qui manque en RDC, c’est le partage équitable qui fait défaut dans le chef de nos dirigeants », s’est insurgé Joseph Lite Bobina, secrétaire provincial du Syndicat des enseignants du Congo (SYECO) et porte-parole de l’intersyndicale de la Tshopo. « Un ministre ne doit quand même pas toucher 1 000 ou 20 000 fois plus qu’un enseignant ou qu’un infirmier qui risque sa vie face aux épidémies. »
Afin de corriger ces déséquilibres, Afrewatch et le CNPAV recommandent notamment l’harmonisation du barème salarial national et l’adoption d’une loi pour réglementer le domaine des rémunérations.
Bien que la rencontre ait permis de mobiliser la société civile boyomaise, les participants ont regretté l’absence des autorités politiques et des députés nationaux et provinciaux, principaux concernés par les réformes budgétaires exigées.

