Le président de l’assemblée provinciale et le gouverneur intérimaire de la province de la Tshopo ainsi que le maire de la ville ont regagné Kisangani, le lundi 15 décembre 2025, par l’aéroport international de Bangboka en provenance de Kinshasa. Mateus Kanga Londimo, Didier Lomoyo Iteku et Delly Likunde Litawehe revenaient d’un séjour à Kinshasa, la capitale du pays où ils étaient venus répondre à l’invitation de la hiérarchie nationale.

Quatre jours auparavant, jeudi 11décembre 2025, c’est le gouverneur intérimaire de la Tshopo, Senold Tandia Akomboyo qui les avait précédés au terme d’un séjour à Kinshasa où il a été assister au discours sur l’état de la Nation du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le lundi 08 décembre dernier, au Palais du Peuple devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès.

Ce n’est qu’une introduction à une question : « La province de la Tshopoest-elle gagnée par le syndrome d’intérim, s’il existe ? » En effet, depuis un certain temps, cette partie de la
République Démocratique du Congo vit au rythme des intérimaires. On les retrouve presque partout, en commençant par la Première institution provinciale jusqu’aux petits services. Le vice-président de l’assemblée
provinciale, Philippe Massikini Kamango étant indisponible pour des raisons de santé depuis le début de cette législature, l’intérim de son titulaire est règlement assumé par le rapporteur, Paul Rufin Lokesa Bombole, le speaker Mateus Kanga Londimo étant souvent en mission à Kinshasa. L’élu du territoire de Yahuma est devenu un habitué au poste de président de l’assemblée provinciale de la Tshopo à titre provisoire. Non seulement lui, le rapporteur adjoint Jupson Djeze Zonga et le questeur Jules Yuma Silikani se relayent également à l’intérim du président de cet organe délibérant.

Quelques semaines plus tôt, tous les 4 membres du bureau étaient absents à Kisangani. C’est un député provincial élu du territoire de Bafwasende qui faisait office du président a.i. Il s’agit de Tryphéne Mabikiambey Saidi, président de la commission politique, administration et juridique (PAJ). Tous ne sont que des intérimaires protocolaires dans la mesure ils n’ont pas la police de débat ; ils ne peuvent pas présider une séance plénière, une
prérogative réservée au président ou au vice-président. Raison pour laquelle quelques heures après son retour à Kisangani au terme d’un long séjour à Kinshasa, Mateus Kanga a présidé une séance plénière consacrée à l’examen, au débat et au vote du projet d’édit budgétaire pour l’exercice 2026, déclaré non recevable. Que sera le rapport de la session budgétaire d’octobre 2026 qui avait également plusieurs autres matières y inscrites ?

Même son de cloche au gouvernorat

A la Deuxième institution provinciale, c’est le même son de cloche. A la suite de la déchéance du gouverneur de province, Paulin Lendongolia Lebabonga par les députés provinciaux, son intérim a été confié à son vice, Didier Lomoyo Iteku, par le vicePremier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani.

Cependant, quelques semaines plus tard, et il y a de cela deux semaines, Didier Lomoyo Iteku a fait un lapsus linguae lors d’une parade qu’il a présidée à l’hôtel de ville de Kisangani. L’intérimaire de Paulin Lendongolia, au cours de son adresse aux bourgmestres de communes, chef du secteur des Lubuya-Bera et chefs
de quartiers ainsi que leurs adjoints a cité le nom de l’ex-président de la République, Joseph Kabila Kabange. C’était, pour le pouvoir en place notamment, une erreur politique grave en cette période où la RDC est, pour la énième fois, victime de l’agression de la part du Rwanda. Et surtout le fait que l’ancien président de la République est accusé par le gouvernement de Kinshasa d’être le chef de file de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), l’une des rébellions soutenues par le pays des mille collines.

A cause de cette erreur verbale volontaire ou involontaire, le gouverneur ad intérim a été rappelé à Kinshasa par le patron de l’Intérieure
et Sécurité qui a, par le même message officiel, désigné un intérimaire en la personne du ministre provincial du Budget, Senold Tandia Akomboyo. Les intérims étant devenus un mode
d’administrer la province de la Tshopo, l’intérimaire de l’intérimaire n’a assumé
l’intérim lui confié que dans l’espace de quelque cinq jours. Senold Tandia devait s’envoler pour Kinshasa pour marquer sa présence à ce grand oral de l’année 2025 du chef de l’Etat.
Avant son retour à Kisangani, la semaine dernière en provenance de Kinshasa, son intérim (et lui-même intérimaire de l’intérimaire) a été assumé par le ministre provincial de la Fonction publique, Ghislain Mogenya Baraka. Ce dernier est le ministre provincial ad intérim de l’Intérieur et Sécurité. Le titulaire de ce poste, Roger Ekongo Demba avait démissionné
pour réintégrer son siège à l’assemblée provinciale ; démission pour, officiellement, des raisons de convenance personnelle intervenue 24 heures avant le vote de la motion defiance contre le gouverneur Paulin Lendongolia par les députés provinciaux.
Le ministère provincial de la Santé, Genre, Famille et Enfant et celui de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Nouvelle citoyenneté sont aux mains des intérimaires. Députés provinciaux, leurs titulaires respectivement Nono Masudi et Masimango Simon avaient aussi démissionné du gouvernement provincial avec le même objectif que celui de leur collègue Roger Ekongo.

La mairie n’échappe pas à la règle

À l’hôtel de ville de Kisangani, c’est
le maire adjoint, Eugénie Wandandi
Biekusa qui, jusqu’il y a peu, assumait l’intérim du maire de la ville. Delly Likunde Litawehe, parce que c’est de lui qu’il s’agit, avait accompagné le gouverneur ai Didier Lomoyo Iteku à Kinshasa sur ordre de Jacquemin Shabani. Il convient de souligner qu’avant de
se rendre dans la capitale congolaise,
Delly Likunde avait laissé son intérim
au chef de division urbaine de l’Intérieur. Ce dernier n’a même pas posé un seul acte avant que l’adjointe au maire mette fin à cet intérim.

A la DGRPT aussi

La régie financière provinciale est
aussi contaminée par le virus d’intérim qui terrasse la Tshopo ces derniers
temps. A la Direction Générale des Recettes de la Province de la Tshopo (DGRPT), c’est un intérimaire qui trône. Mussa Hamadi, le DGA et député provincial honoraire élu du territoire d’Ubundu en est le directeur général a.i en lieu est place de son titulaire, Bernard Angalikiana Tonton, déchu de ses fonctions par une motion de défiance de l’assemblée provinciale, le 27 octobre 2025, le même jour de la déchéance du gouverneur Paulin Lendongolia.

Le premier réflexe de tout intérimaire, c’est de s’affirmer en faisant mieux que le titulaire de poste, même pour un temps éphémère.

Certainement, si nous continuons
à fouiller, nous découvrirons plusieurs
autres intérims dans les institutions
et services publics à Kisangani et
dans les territoires. Vraisemblablement, la Tshopo est comme sur un cric, un véhicule en panne qui attend d’être dépanné.

Pour une large opinion, la solution
passe par l’organisation de l’élection
du gouverneur et du vice-gouverneur de
province, mais aussi de celles des
exécutifs urbains et communaux.
Par ailleurs, les multiples invitations des autorités provinciales pour consultations par le vice-Premier, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières contribueraient au dysfonctionnement des institutions de la province de la Tshopo.

Par GIRIS

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