Dans le hall feutré de l’Hôtel Hilton, la tension était palpable. Des députés provinciaux, visages concentrés, feuilletaient leurs dossiers, tandis que le Gouverneur Paulin, notes en main, observait chaque échange. Pendant quatre jours, du 8 au 11 mars, cette salle a été le théâtre d’une négociation politique inédite, où Mateus Kanga, président du bureau de l’Assemblée provinciale, a imposé ses conditions à l’exécutif provincial.
C’est ici, à quelques milliers de kilomètres de Kisangani, que s’est joué un compromis historique : l’Assemblée provinciale de la tshopo, dirigée par Mateus Kanga, obtient des garanties institutionnelles sans précédent, tandis que le Gouverneur accepte de réduire son emprise sur la composition du Gouvernement provincial et laisser la main sur les contrôles parlementaires.
Une province à l’équilibre fragile
Depuis plusieurs mois, la Tshopo vivait sous tension des motions de défiance, pétitions, mise en accusation, menaces d’invalidation des députés irréguliers aux travaux parlementaires et incapacité du gouvernement provincial à trouver des solutions aux problèmes vitaux des tshopolais. Routes des dessertes agricoles impraticables, hôpitaux sous-équipés, services publics au ralenti à cause des impaiements: la population payait le prix fort des conflits politiques.
Chaque acte posé par le Gouverneur, les députés ne voyaient que la tentative des détournements des deniers publics et était systématiquement contestée », confie un député sous anonymat. « C’était moins de la politique que du bras de fer personnel. »
- 45 % des projets provinciaux retardés depuis septembre 2025.
- Plus de 6 députés sous menaces de suspension au cours des six derniers mois.
- Investissements privés réduits de 30 % par rapport à 2024.

Les acteurs : portraits d’une lutte subtile
Mateus Kanga, président de l’Assemblée provinciale, apparaît comme l’architecte de cette victoire. Sa stratégie politique, son style style de communication, combinant précision et fermeté, lui a permis de négocier des concessions majeures.
Ce n’est pas une victoire des députés, c’est une victoire des tshopolais», explique un participant à cette messe politique.« les députés ont montrés que l’intérêt de la province prime sur les ambitions individuelles. »
En face, le Gouverneur Paulin, homme pragmatique mais parfois jugé moins inspiré , a dû accepter des concessions importantes révèle une source anonyme: intégration de trois ministres proposés par l’Assemblée et calendrier contraignant pour les réintégrations et le remaniement du Gouvernement.
Intégrer des ministres proposés par l’Assemblée n’est pas facile, surtout qu’ils ont étés loyaux envers l’assemblée provinciale que l’exécutif mais c’est le meilleur moyen de restaurer la confiance et de travailler sereinement », confie un proche conseiller du Gouverneur.
Hôtel Hilton, scène d’un basculement
Le choix de l’Hôtel Hilton comme lieu des négociations n’était pas anodin : formalisme, neutralité et visibilité. Pendant ces quatre jours, chaque geste, chaque intervention, chaque accord oral comptait. Les cadres de concertation, provinciaux et nationaux, ont été discutés pour pérenniser le dialogue et prévenir les crises futures.
L’acte d’engagement de Kinshasa offre une lecture originale du pouvoir provincial à la tshopo: un exécutif fort mais encadré, un Parlement influent mais responsable, et des canaux institutionnels pour éviter l’escalade des tensions. Ce type de compromis renforce la légitimité de l’organe délibérant et limite la domination de l’exécutif sur la scène provinciale.
- Le remaniement du gouvernement provincial Paulin 2 (10 Avril 2026)
- Intégration de trois ministres provinciaux proposés par le bureau de l’Assemblée.
- Instauration de Cadres de concertation provinciaux et nationaux pour anticiper les conflits et suivre les différends.
- Cessation des motions, pétitions durant deux sessions parlementaires (fin 2026)
- Le contrôle de l’action du Gouvernement par l’Assemblée provinciale demeure garanti.
La Tshopo n’est pas unique dans son genre. Dans plusieurs provinces congolaises, des conflits similaires ont paralysé les institutions pendant des mois, voire des années. Mais ici, le dialogue a prévalu, avec l’intervention proactive du Ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, représentant le pouvoir central.

la Tshopo comme laboratoire de gouvernance
La province de la Tshopo devient un exemple rare où une assemblée provinciale peut imposer ses conditions à l’exécutif. Les cadres de concertation mis en place permettront un contrôle permanent de l’action gouvernementale et une coordination entre Assemblée et Gouvernement.
Si cette expérience fonctionne, elle pourrait inspirer d’autres provinces. La Tshopo montre qu’un équilibre des pouvoirs est possible même dans un contexte congolais souvent conflictuel », analyse Albert Mwamba, politologue sur kis24.info
Pour les habitants de Kisangani, cette sortie de crise offre l’espoir d’un retour à la normalité : des projets d’infrastructures et des services publics mieux coordonnés, et surtout, la promesse d’un climat politique moins chaotique.

La crise politique de la Province de la Tshopo a trouvé un compromis fragile. Si Mateus Kanga sort renforcé sur le plan institutionnel, Paulin Lendongolia conserve les rênes de l’exécutif. Reste désormais à savoir si cet équilibre négocié à Kinshasa profitera enfin aux Tshopolais, qui attendent plus que des accords: des résultats.

