Au Palais du Peuple, son intervention n’a duré que quelques minutes. Mais elle a suffi à fissurer une évidence que peu osaient remettre en cause. En appelant à l’introduction de l’anglais dès la maternelle, la députée nationale Geneviève Inagosi a déplacé un débat longtemps confiné aux cercles académiques vers l’arène politique.
Son argumentaire repose sur une scène simple, presque banale , celle d’un vol au départ de Kinshasa. Une fois à bord, explique-t-elle, le français disparaît au profit de l’anglais. Une transition immédiate, brutale, qui symbolise selon elle le décalage entre le système éducatif congolais et les réalités du monde contemporain.
« Aussitôt que vous êtes à l’intérieur, on commence à vous parler anglais », a-t-elle martelé, transformant une anecdote de voyage en démonstration politique. Car derrière cette image se cache une question plus large celle de la capacité de la RDC à préparer sa jeunesse à évoluer dans un environnement globalisé.
Un modèle linguistique sous pression
Longtemps pilier de l’administration, de l’enseignement et des élites, le français conserve en RDC une place centrale. Mais pour Geneviève Inagosi, cette centralité ne peut plus être exclusive.
L’intégration du pays à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), majoritairement anglophone, rebat les cartes. Dans cet espace régional en pleine dynamique économique, la maîtrise de l’anglais devient un levier d’intégration, de compétitivité et de mobilité.
Derrière le débat linguistique se profile ainsi un enjeu de positionnement stratégique. Continuer à former des générations peu exposées à l’anglais dès le plus jeune âge, c’est, selon la députée, entretenir une forme de dépendance et limiter l’accès des jeunes Congolais aux opportunités internationales.
Changer de cap sans renier l’héritage
Loin d’un rejet du français, l’approche défendue par Geneviève Inagosi se veut pragmatique. Il ne s’agit pas d’abandonner une langue héritée de l’histoire, mais d’élargir les outils à disposition des nouvelles générations.
Introduire l’anglais dès la maternelle revient à repenser le logiciel éducatif dans son ensemble. À cet âge, la plasticité cognitive des enfants offre une fenêtre unique pour l’apprentissage des langues, permettant d’ancrer durablement des compétences aujourd’hui essentielles.
Dans un pays où la majorité de la population est jeune, l’enjeu dépasse la salle de classe. Il touche à la capacité de la RDC à dialoguer directement avec ses partenaires, à capter des opportunités économiques et à s’insérer pleinement dans les circuits de la mondialisation.
En posant ce débat à l’Assemblée nationale, Geneviève Inagosi oblige désormais les décideurs congolais à trancher entre préserver un équilibre hérité, ou adapter le système éducatif aux exigences du siècle contemporain.

