Derrière la photo où l’on aperçoit les députés nationaux et sénateurs de la tshopo devenue virale sur les réseaux sociaux, il y aurait bien plus qu’une simple image protocolaire. Derrière les visages fermés, les costumes impeccables et les micros tendus, se dessineraient des mois de tractations, de rivalités politiques et de soupçons autour d’un argent censé réparer l’irréparable, celui destiné aux victimes des atrocités de guerre.

C’est ce que soutient l’élu de Kisangani, Fontaine Mangala, qui livre aujourd’hui à travers sa page Facebook officielle, un récit lourd de sous-entendus et d’accusations sur les réunions tenues avec l’ancien ministre de la Justice. Un témoignage qui rouvre un dossier sensible celui du FRIVAO, le fonds chargé d’indemniser les victimes des violences en Ituri, dans la Tshopo et au Bas-Uélé.

300 dollars pour une vie détruite ?

Tout aurait commencé dans un salon discret de La Fourchette, à Kisangani. Autour de la table: les élus nationaux, ministre de la justice et d’autres dignitaires. La question centrale tombe rapidement de la part des députés : combien reçoit une victime reconnue par le FRIVAO ?Selon Fontaine Mangala, la réponse du ministre glace l’assemblée : «entre 300 et 400 dollars

Un silence pesant s’installe.

Comment compenser des années de souffrance, des corps mutilés, des viols, des maisons détruites, des familles décimées, avec une telle somme ? Le caucus proteste. Il réclame 2 000 dollars par victime identifiée. La proposition aurait ensuite été acceptée.

Pour Fontaine Mangala, ce débat ne portait pas sur des chiffres. Il portait sur la valeur accordée à la douleur humaine.

Beaucoup parlent de nous pendant les campagnes. Mais après, plus rien. Fontaine Mangala vient, écoute, échange. Quand il parle des victimes, on sent qu’il connaît notre souffrance. » Jeanne, veuve rencontrée près du marché central, dans la commune Makiso

Kisangani voulait la lumière, pas des promesses

Kisangani, troisième grande ville de la RDC au potentiel immense, vit depuis des années au rythme des coupures, des groupes électrogènes et de l’obscurité. Pour les élus présents dans cette salle, la réparation collective devait passer par l’énergie électrique.

Le message transmis au ministre aurait été clair: pas de demi-mesure. Soit une nouvelle centrale, soit une réhabilitation totale. Peu après, l’annonce de 50 millions de dollars pour l’électricité circule publiquement sur les réseaux sociaux et dans les médias. Beaucoup y voient alors un espoir. Aujourd’hui, d’autres y voient le début d’un autre feuilleton.

À Mangobo, un enseignant, victime de la geure de six jours préfère rester prudent mais ferme :

Si ce qu’il dit est vrai, alors c’est grave. On ne peut pas jouer avec l’argent des victimes. Ce dossier doit être clarifié jusqu’au bout. »

Congo Energy : l’entreprise qui intrigue

La ville de Kisangani connaît depuis plusieurs années une pénurie considérable en électricité. Les turbines 1 & 3 de la centrale étant à ce jour partiellement relancés, la turbine 2 encore partiellement en fonction, n’alimente la ville qu’à hauteur de 6.5 MW pour un besoin global estimé à 4OMW.

Selon Fontaine Mangala, Congo Energy aurait été introduite au cours d’une réunion par l’ancien ministre de justice lui-même. Immédiatement, une question lui avait été posée par les députés : la société dispose-t-elle d’une expertise réelle, vérifiable, documentée ?Des garanties auraient été données.Mais les doutes persistent dans le caucus des élus nationaux. Car, affirme le député:

Nombreux élus n’auraient jamais eu accès au contrat. Ni copie officielle. Ni date précise de signature. Ni détail sur les obligations des parties.» Fontaine mangala

Pour des parlementaires chargés de contrôler l’action gouvernementale, l’opacité devient difficile à justifier. À mesure que le dossier avance, une fracture apparaîtrait au sein du gouvernement.

D’un côté, le ministre des Ressources hydrauliques, estimant que le projet relevait naturellement de son portefeuille. De l’autre, le ministre de la Justice, qui aurait conservé la main sur le dossier. Un bras de fer discret, mais révélateur.

Pour Fontaine Mangala, ce conflit aurait été le signe que quelque chose échappait au cadre normal des institutions.

À Kisangani, la guerre des Six Jours n’appartient pas seulement aux livres d’histoire. Elle vit encore dans les cicatrices des survivants, dans les familles amputées, dans les veuves silencieuses et dans les rues où certains bâtiments gardent les traces des combats.

Le projet de prison qui fait basculer l’affaire

La prison centrale de Kisangani (province de la Tshopo) est un établissement pénitentiaire vétuste confronté à une surpopulation critique et un manque de moyens. Avec environ 1 400 détenus pour une capacité initiale très inférieure, l’établissement fait face à des pénuries alimentaires, des soins médicaux limités, et une hygiène précaire, la plupart des détenus étant en détention préventive.

Dans cette affaire, les chiffres circulent vite : millions annoncés, contrats évoqués, projets parallèles, entreprises contestées.Mais derrière ces montants, il y a surtout des visages.

selon lui Mangala, l’élément le plus troublant c’est le projet de prison financé avec les fonds destinés aux victimes. Cette information aurait marqué un point de rupture. Fontaine Mangala affirme avoir cessé dès lors de participer aux réunions, avant d’envisager une interpellation politique contre l’ancien ministre.

il existait une volonté de faire main basse sur l’argent des victimes. se désole Fontaine mangala

Depuis ses révélations sur la gestion du FRIVAO et sur les réunions tenues avec l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba, condamné en 2025 pour détournement de fonds publics dans l’affaire du projet de prison de Kisangani, le député national bénéficie d’un regain de popularité dans plusieurs communes de la ville.

Dans une ville où la mémoire collective reste douloureuse, Fontaine Mangala apparaît aujourd’hui, pour une partie croissante de la population, comme l’une des voix les plus constantes sur la question des réparations.

Reste à savoir si cet élan populaire se transformera en avancées concrètes, ou s’il rejoindra la longue liste des espoirs déçus de Kisangani.

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