Le territoire de Bafwasende, dans la province de la Tshopo, vient de servir de cardre, ces deux jours, soit du mardi à ce mercredi 03 juin 2026, à une grande mission d’échange d’expériences entre la délégation du ministère de l’Agriculture du Sud-Kivu et les communautés locales bénéficiaires de Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL). Accompagnée par l’organisation environnementale Tropenbos RDC, cette visite visait à consolider le modèle de foresterie communautaire comme levier de développement économique durable.

La Tshopo, forte de ses 45 CFCL et de plus d’un million deux cent mille hectares octroyés, s’est imposée comme une province pilote en République Démocratique du Congo. C’est cette expertise qui a attiré la délégation ministérielle du Sud-Kivu, conduite par le ministre provincial en charge de l’Agriculture et la Sécurité alimentaire, de la Pêche et de l’Élevage, de l’économie verte et porte-parole du gouvernement provincial du Sud-Kivu, Monsieur Didier Kabi Bashizi, grâce à l’appui technique et financier de l’organisation Strong Roots RDC et Globe Consult Sarl.

Sur le terrain, notament à Bafwapada et Bélika (211 et 206 kilomètres, axe Bafwasende centre), la délégation a pu constater l’intégration réussie des cultures pérennes, notamment le cacao, au sein des concessions forestières, avec l’accompagnement de TropenBos RDC et l’appui financier de Tenure Facility.

« Les résultats sont impeccables et satisfaisants », a déclaré le ministre Didier Kabi. « J’ai interrogé les membres de la communauté et leurs réponses prouvent que la Tshopo a une longueur d’avance dans l’élaboration des plans simples de gestion. L’implication des femmes et des hommes ici présents, qui s’autonomisent grâce à leurs plantations de cacao, est une source d’inspiration pour le Sud-Kivu. », a-t-il ajouté.

Pour le ministre Kabi, l’objectif est d’importer ce modèle au Sud-Kivu pour diversifier les revenus des communautés locales, au-delà de la simple protection forestière.

Tropenbos RDC : un pont entre les savoir-faire

Pour le Professeur Alphonse Maindo, Directeur de Tropenbos RDC, cette mission marque une étape cruciale dans la reconnaissance du modèle Tshopolais. « La Tshopo est devenue une référence, mais cet échange est bidirectionnel. Si nous partageons notre expérience dans la gestion des CFCL, nous avons beaucoup appris des méthodes du Sud-Kivu, notamment sur l’association des cultures de rente avec des légumineuses, qui permettent de diversifier les revenus tout en enrichissant le sol », explique-t-il.

Le Professeur Maindo insiste toutefois sur les défis à relever pour pérenniser ces acquis, notamment :

  • Valoriser les producteurs locaux : Il plaide pour l’achat de semences de qualité directement auprès des paysans des CFCL, plutôt que de recourir à des approvisionnements extérieurs.
  • Faciliter l’accès aux marchés : Il dénonce la multiplicité des taxes d’évacuation qui freinent le développement économique des zones rurales.
  • Plaidoyer national : Les deux provinces (Tshopo et Sud-Kivu) entendent désormais mener un plaidoyer commun auprès des autorités nationales pour bénéficier des retombées du crédit carbone et obtenir un soutien technique renforcé.

Quel avenir pour les nouvelles CFCL ?

La question de l’après-attribution des titres reste centrale. Le Professeur Maindo précise que le processus ne s’arrête pas à la signature des arrêtés. « Nos équipes sont à pied d’œuvre pour accompagner les communautés dans l’élaboration des plans simples de gestion. C’est une étape technique essentielle pour délimiter les zones de conservation, de production et de développement communautaire. », a-t-il dit.

Cette collaboration entre la Tshopo et le Sud-Kivu dessine les contours d’une nouvelle approche de la gouvernance forestière en RDC : une foresterie qui ne se limite plus à la simple préservation, mais qui devient un véritable moteur de transformation économique et de sécurité alimentaire pour les communautés locales, qui n’ont pas manqué d’exprimer leur gratitude à la délégation pour avoir choisi leurs CFCL comme point de visite d’expérience, un leitmotiv d’encouragement pour eux.

Serge SINDANI, à Bafwasende

Journaliste Multimédia & Reporter

Leave A Reply