La 11e table ronde provinciale multi-acteurs sur la foresterie communautaire a été officiellement lancée mardi à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. L’événement, présidé par le gouverneur intérimaire Didier Lomoyo, vise à consolider le processus d’attribution et de gestion durable des forêts par les communautés locales.

Dès l’ouverture, le gouverneur intérimaire a réaffirmé son engagement, soulignant que la foresterie communautaire est loin d’être un rêve lointain. « La foresterie communautaire n’est pas une utopie, mais une réalité qui a déjà porté ses fruits dans plusieurs régions du monde », a-t-il déclaré. Il a insisté sur le rôle central des populations : « Ceux qui vivent avec la forêt sont les mieux placés pour la protéger et en tirer les bénéfices ».

M. Lomoyo a également rappelé le fondement légal de cette approche en RDC, citant l’article 22 du Code forestier (Loi n° 011-2002), qui accorde aux communautés locales le droit d’obtenir des concessions forestières à titre collectif en vue d’une exploitation durable et équitable.

Ambitions et défis pour la Tshopo

La province de la Tshopo, véritable poumon vert, dispose de près de 19,8 millions d’hectares de forêts naturelles, couvrant 93,5% de sa superficie. Elle compte déjà 14 concessions forestières des communautés locales (CFCL), représentant près de 400 000 hectares de forêt, principalement dans les territoires de Bafwasende et d’Isangi.

Une trentaine de dossiers supplémentaires sont en cours de traitement, témoignant de l’intérêt croissant des communautés. Pourtant, le processus de FC dans la Tshopo, et par extension dans les provinces démembrées voisines (Bas Uele, Haut Uele, Ituri), reste miné par des défis majeurs :

  • Lenteur administrative dans le traitement des dossiers de demande.
  • Manque de moyens techniques, matériels et financiers pour la supervision et le contrôle.
  • Trafic d’influence de certaines personnalités locales, risquant de discréditer le processus.
  • Conflits fonciers intercommunautaires liés au manque de clarté des limites coutumières.
  • Réduction des espaces attribuables en CFCL à cause de l’attribution de grandes concessions industrielles ou de conservation.
  • Exploitation minière et expansion des concessions agricoles qui empiètent sur les terres forestières.

Au terme des trois jours d’échanges, les participants — incluant les autorités, les communautés, la société civile et les partenaires techniques — visent à s’approprier toutes les phases du processus de la FC en RDC et s’engager activement pour sa conduite harmonieuse dans la Tshopo, Identifier les principaux écueils et proposer des mesures d’atténuation de manière participative, Tirer des leçons des expériences passées, notamment sur le règlement des conflits, le paiement pour service environnementaux et le marché carbone et Formuler des recommandations ciblées aux autorités pour influencer les réformes politiques et légales, notamment en lien avec le « couloir vert Kivu-Kinshasa ».

Pour un des participants, cette table ronde, facilitée notamment par Tropenbos RDC s’annonce cruciale pour transformer l’immense potentiel forestier de la Tshopo en un modèle de développement durable et équitable au profit direct des communautés locales.

Journaliste Multimédia & Reporter

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