À peine les vacances parlementaires commencent-elles que Fontaine Mangala reprend possession de son autre hémicycle : «les rues de Kisangani».
Ici, il n’y a ni pupitre, ni protocole, ni discours interminables. Les échanges se déroulent sous les vérandas, devant les boutiques, autour d’une table de jeu de « six », dans les restaurants populaires ou encore au détour d’une avenue où l’on partage un morceau de molé, ce manioc grillé accompagné d’huile de palme qui fait partie du quotidien des Boyomais.
Cette manière d’occuper le terrain n’est pas improvisée. Elle est devenue, au fil des années, la signature politique du député national élu de Kisangani.
Chez une partie de ses électeurs, un surnom s’est imposé : « Magufuli ». Une appellation inspirée de l’ancien président tanzanien John Pombe Magufuli né le 29 octobre 1959 et mort le 17 mars 2021. Plusieurs fois ministre dont l’image de dirigeant proche des citoyens a marqué une partie de l’opinion africaine. À Kisangani, le sobriquet renvoie surtout à un style politique fondé sur la proximité avec la population.


Une campagne qui ne dit pas son nom
Alors que beaucoup d’élus profitent des vacances parlementaires pour multiplier les réunions officielles, Fontaine Mangala choisit souvent un autre registre , celui de la rue.
Il marche dans les quartiers, s’invite dans les marchés, partage les repas servis dans les restaurants de fortune, joue au « six » avec les jeunes, échange avec les conducteurs de motos et s’arrête volontiers pour écouter les doléances des habitants.
La scène est devenue familière. Le député ne semble pas chercher à faire venir la population vers lui ; il préfère aller là où la population se trouve. Pour les spécialistes de la communication politique, cette inversion est loin d’être anodine.Elle réduit la distance entre l’élu et ses électeurs et nourrit l’image d’un représentant accessible.
Le « molé », plus qu’un repas
Partager un morceau de molé peut paraître anodin. En réalité, ce geste possède une forte portée symbolique.
Dans une ville où les difficultés économiques touchent une grande partie des ménages, accepter de manger dans les mêmes conditions que la population transmet un message implicite : celui d’un élu qui ne cherche pas à s’isoler derrière les privilèges de sa fonction.

Marthe Lolima, une commerçante du marché central , vendeuse des chenilles partage sa perception sur le «magufuli» :
Beaucoup de politiciens passent ici pendant les campagnes. Lui revient aussi après les élections et régulièrement. Maintenant, nous attendons surtout que les promesses deviennent des réalisations. »
En communication politique, ces images valent souvent davantage qu’un long discours.Elles circulent rapidement sur Facebook, WhatsApp et TikTok, où elles alimentent les discussions.
Facebook, son deuxième terrain
La proximité ne s’arrête pas aux rues de Kisangani. Chaque déplacement, chaque rencontre, chaque prise de position trouve rapidement un prolongement sur Facebook.
Le député répond aux commentaires, interpelle les autorités, diffuse ses activités et ouvre des débats avec ses abonnés.
Cette interaction permanente crée une impression de disponibilité qui contraste avec l’image parfois distante des responsables politiques congolais.
Les paroisses, les quartiers et les associations
L’autre caractéristique de sa méthode est la diversité des espaces qu’il fréquente. Paroisses catholiques et protestantes, associations de jeunes, structures communautaires, marchés, quartiers périphériques…Fontaine Mangala apparaît régulièrement là où se construit la vie sociale de Kisangani.
Ces visites dépassent souvent le cadre politique. Elles prennent parfois la forme d’un soutien matériel, d’une participation à une activité communautaire ou simplement d’une présence lors d’un événement local.


Les dossiers du quotidien
Contrairement aux débats nationaux parfois abstraits, les conversations tournent généralement autour de sujets très concrets.
La route Kisangani-Opala, la mécanisation des agents de l’État, le coût de la vie, l’état des routes urbaines, les difficultés d’accès à l’électricité et le chômage des jeunes.» données extraits de son agenda parlementaire.
Il nous écoute
Dans le quartier artisanal, l’un des grands quartiers de la commune Makiso, Roger Timbili , un jeune rencontré lors d’une partie de cartes résume ce qui attire, selon lui, les habitants :
Il vient sans les gardes du corps. On peut lui parler directement. Même si on n’est pas d’accord avec lui, il écoute. »
Une stratégie politiquement rentable ?
Ces perceptions illustrent une attente forte celle d’une proximité appréciée, mais elle doit s’accompagner de résultats.
Pour un enseignant en science politique à l’Université de Kisangani sous anonymat, cette approche correspond à ce que les chercheurs qualifient de personnalisation de la représentation politique.
Dans des contextes où les institutions inspirent peu de confiance, les citoyens évaluent souvent leurs élus à travers leur disponibilité, leur accessibilité et leur présence sur le terrain. La proximité devient alors une ressource politique majeure. Mais, à long terme, elle doit être accompagnée de résultats concrets pour conserver sa crédibilité. »




La méthode Fontaine Mangala suscite naturellement des lectures différentes. Ses soutiens y voient la preuve qu’un député peut rester connecté à sa base sans attendre les échéances électorales.
Ses détracteurs considèrent que cette forte visibilité relève d’une stratégie de communication soigneusement entretenue. Les deux dimensions peuvent coexister. En politique moderne, communiquer est devenu une composante de l’action publique.
Au-delà de l’image
Une certitude se dégage, à Kisangani, Fontaine Mangala a réussi à construire une identité politique singulière. Son terrain n’est pas seulement l’Assemblée nationale. C’est aussi la rue, les quartiers populaires, les restaurants de fortune, les réseaux sociaux, les paroisses et tous ces lieux où se fabrique, jour après jour, l’opinion publique.
Reste à voir si cette proximité, qui nourrit aujourd’hui son capital politique, se traduira durablement par des réalisations visibles sur les grands dossiers que les Boyomais placent au cœur de leurs préoccupations.

