Pendant plusieurs jours, il a vu des patients entrer dans les salles d’isolement sans jamais en ressortir. Il a entendu les pleurs des familles, vécu la peur, côtoyé la mort. Jeudi 17 juillet, c’est pourtant lui qui a franchi les portes du Centre de traitement d’Ebola (CTE) du Cinquantenaire de Kisangani avec un certificat de guérison en main.
À 37 ans, il devient le premier patient officiellement déclaré guéri de la maladie à virus Ebola depuis le début de l’épidémie qui frappe la province de la Tshopo.
La cérémonie, organisée dans l’enceinte du centre de traitement, a réuni les autorités sanitaires et les équipes médicales qui l’ont accompagné tout au long de sa prise en charge. Le brevet de guérison lui a été remis par le ministre provincial de la Santé, le Dr Simon Bokongo.
Tu as vu de tes propres yeux comment les autres sont morts, mais toi tu es resté », lui a déclaré le ministre, avant de rappeler que les examens médicaux confirmaient sa guérison.
Mais la sortie du centre ne marque pas la fin du suivi médical, le responsable provincial de la santé a expliqué que les survivants continuent d’être accompagnés pendant plusieurs mois, le virus pouvant persister dans certaines parties du corps, notamment dans le sperme. Il a insisté sur le respect des recommandations médicales, y compris l’abstinence sexuelle temporaire ou l’application stricte des mesures de prévention afin de protéger les proches.
Le moment le plus marquant de la cérémonie est venu lorsque le survivant a pris la parole.Sa voix, encore chargée d’émotion, a raconté ce que beaucoup de personnes continuent de refuser de croire.
Je rends grâce à Dieu. Nous étions avec d’autres qui sont morts, certains sont encore sous traitement, mais moi je suis sorti guéri. »
Puis il a lancé un message qui résonne comme une mise en garde contre les rumeurs.
Je dis à la population de ne pas douter. Le virus existe. S’il y a des campagnes de sensibilisation, je suis prêt à vous accompagner parce que je suis passé par là. Je pensais que c’était une combine, mais j’ai compris la dure réalité de ce virus lorsque j’ai été atteint. »
Ces mots interviennent alors que les autorités sanitaires poursuivent leurs efforts pour combattre la désinformation, l’un des principaux obstacles à la riposte contre Ebola dans plusieurs communautés.

Pour les équipes médicales mobilisées depuis plusieurs semaines, cette première guérison constitue un signal encourageant. Elle montre qu’une prise en charge précoce augmente considérablement les chances de survie et rappelle l’importance de consulter rapidement dès l’apparition des premiers symptômes.
La Tshopo affronte sa première épidémie d’Ebola, officiellement déclarée le 15 mai 2026. Selon les dernières données communiquées par les autorités sanitaires, cinq cas confirmés ont été enregistrés dans la province, dont trois décès.
Le premier brevet de guérison remis à Kisangani ne marque pas la fin de l’épidémie. Mais pour ce survivant, il symbolise une victoire sur un virus qu’il croyait, lui aussi, n’être qu’une rumeur. Aujourd’hui, son histoire devient un outil de sensibilisation pour convaincre ceux qui doutent encore que, face à Ebola, la meilleure protection reste l’information, la vigilance et une prise en charge rapide.
Par Dénis BAKUMANI

