Les caméras ont filmé les poignées de main, les réunions officielles et les déclarations du ministre de la Santé. Mais pendant près de deux jours, une autre histoire s’est écrite, loin des objectifs. Une histoire faite d’inquiétudes, de décisions prises dans l’urgence et d’hommes et de femmes qui tentent d’empêcher Ebola de s’installer durablement à Kisangani.
À chaque étape de sa visite, Roger Samuel Kamba a été confronté à une réalité que les communiqués résument rarement. Autour des tables de réunion, les discussions ne portaient pas seulement sur des chiffres. Derrière chaque cas confirmé, il y a une famille, un quartier à rassurer, des dizaines de personnes à retrouver et à suivre pendant plusieurs semaines.
Le ministre l’a d’ailleurs rappelé avec prudence, sans chercher à dramatiser la situation.
La population doit retenir que les quatre cas que nous avons sont des cas importés. Ils sont tous venus de l’Ituri. Toutefois, puisqu’ils ont été pris en charge à Kisangani, nous considérons que la ville est désormais touchée. »
Cette phrase a donné le ton de toute la mission. Oui, Ebola est désormais présent à Kisangani. Mais, pour les autorités sanitaires, il est encore temps d’empêcher que ces cas importés ne débouchent sur une transmission locale.
Pendant que les responsables échangeaient au gouvernorat, d’autres équipes poursuivaient un travail beaucoup moins visible. Elles appelaient des personnes contacts, vérifiaient des informations venues des centres de santé, organisaient des prélèvements ou préparaient les prochaines descentes sur le terrain. Dans une riposte contre Ebola, chaque heure compte.

Dimanche 12 Juillet, au siège de l’Organisation mondiale de la Santé, les spécialistes de la communication se sont retrouvés autour de la même table avec l’UNICEF, la Division provinciale de la santé, U-Report, des journalistes et plusieurs partenaires. Leur préoccupation n’était pas de produire des slogans, mais de répondre à une question de comment parler d’Ebola sans laisser les rumeurs prendre le dessus ?
Car le virus ne circule pas seul. Les fausses informations voyagent elles aussi très vite. Elles sèment le doute, alimentent la peur et peuvent pousser des familles à cacher un malade ou à retarder une consultation. Pour les acteurs de la riposte, combattre cette désinformation est devenu aussi important que disposer de médicaments ou d’équipements de protection.
Les échanges ont également mis en lumière des besoins très concrets comme renforcer les laboratoires, ouvrir de nouveaux centres de traitement, équiper les équipes de terrain, améliorer la surveillance aux points d’entrée et accélérer le suivi des personnes ayant été en contact avec les malades.


Avant de quitter Kisangani, Roger Samuel Kamba a voulu adresser un message aux professionnels de santé, mais aussi à chaque habitant de la ville.
Tous les médecins ont été sensibilisés. Chaque cas suspect doit être signalé afin qu’il soit investigué et, si nécessaire, qu’un prélèvement soit effectué. C’est grâce à cette vigilance collective que nous pourrons stopper la propagation de la maladie. »
Au terme de cette visite, une évidence s’impose. La riposte ne dépendra pas uniquement des décisions prises dans les bureaux du gouvernorat ou du ministère. Elle se jouera surtout dans les quartiers de Kisangani, là où un voisin choisira de signaler un cas suspect, où un infirmier appliquera les mesures de prévention, où un journaliste diffusera une information vérifiée plutôt qu’une rumeur.

Le ministre est reparti. Les réunions sont terminées. Les délégations ont quitté les salles de conférence. Mais pour les équipes de la riposte, le travail continue, souvent dans l’ombre, avec un l’objectif d’ empêcher qu’Ebola ne gagne davantage de terrain.

