En déplacement à Dakar, où il participe à des activités consacrées aux droits humains, le directeur exécutif de l’ONG Actions pour la Justice, le Développement et les Droits Humains (AJDDH), Jedidia Mabela, s’est confié à la presse sur la place qu’occupent les médias dans la défense des libertés en République démocratique du Congo. Pour lui, sans une presse libre et engagée, de nombreuses violations resteraient dans l’ombre.

Les médias sont le premier rempart pour défendre les droits humains en RDC », affirme-t-il d’emblée.

Jedidia Mabela parle en connaissance de cause. Il rappelle qu’après avoir réclamé plus de transparence dans la gestion des fonds publics en Tshopo, il avait été poursuivi en justice, passé 27 jours en détention et condamné en première instance. Une décision qui sera finalement annulée en appel.

Si cette affaire a connu un autre dénouement, c’est aussi parce que les médias locaux, nationaux et internationaux s’en sont saisis. Lorsqu’une affaire est portée sur la place publique, il devient plus difficile de faire taire un défenseur des droits humains », estime-t-il.

Au-delà de la protection des militants, Jedidia Mabela souligne le rôle joué quotidiennement par les journalistes dans les zones de conflit. En Ituri, à Beni, dans les territoires occupés de l’Est du pays ou encore dans des provinces difficilement accessibles, ils sont souvent les premiers à documenter les massacres, les déplacements de populations et les autres violations des droits humains.

Bien avant l’arrivée des missions d’enquête, ce sont les journalistes qui alertent, recueillent les témoignages et informent le pays sur ce qui se passe sur le terrain », explique-t-il.

Pour le directeur exécutif de l’AJDDH, les médias remplissent également une mission de contrôle citoyen. Les enquêtes sur la gestion des finances publiques, les révélations sur les détournements présumés ou encore le suivi des institutions participent à renforcer la redevabilité des dirigeants. Il cite notamment les investigations menées autour du FRIVAO, qui ont alimenté le débat public.

Interrogé sur les relations entre les organisations de la société civile et les médias, Jedidia Mabela parle d’un partenariat utile, mais qui peut encore être amélioré.

Les ONG disposent souvent des données, des enquêtes et de l’expertise. Les médias, eux, donnent de la visibilité à ces informations. C’est cette complémentarité qui permet de sensibiliser l’opinion publique », souligne-t-il, évoquant notamment la collaboration entre Kis24.info et l’AJDDH.

Mais ce partenariat se heurte encore à plusieurs obstacles. Certaines organisations peinent à accéder aux grands médias, faute de moyens financiers ou en raison de certaines lignes éditoriales.

Enfin, Jedidia Mabela estime que les journalistes congolais ont les compétences pour enquêter sur les violations des droits humains. Ce qui leur manque, selon lui, ce ne sont pas les capacités, mais les conditions de travail.

Les pressions politiques, les intimidations, l’insécurité dans les zones de conflit et le manque de financement freinent le journalisme d’investigation. Malgré cela, beaucoup de journalistes continuent de faire leur travail avec courage », conclut-il.

Depuis Dakar, le défenseur des droits humains appelle à renforcer la protection des journalistes et à consolider les liens entre les médias et les organisations de la société civile. À ses yeux, une presse libre reste l’un des meilleurs remparts contre les abus et l’impunité en République démocratique du Congo.

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