À Kisangani, dans la Province de la Tshopo, dans cette ville où chaque vie compte, la question de la contraception s’impose comme un défi majeur, à la fois de santé, d’éducation, et de développement. À Kisangani, la bataille pour offrir aux femmes et aux familles les moyens de choisir librement le nombre et l’espacement de leurs enfants se joue sur plusieurs fronts comme : la disponibilité des méthodes, l’acceptation sociale, la qualité de l’accompagnement médical, et la sensibilisation communautaire.
Pour comprendre les réalités de terrain, les journalistes formés par le Réseau des Journalistes pour la Santé Sexuelle et Reproductive (RJSSR) avec l’appui de MSI RDCongo, au mois de mars dernier, ils ont recueilli les témoignages croisés de ceux qui sont au cœur de cette lutte, médecins, infirmières, gestionnaires de centres de santé, et responsables d’organisations spécialisées.
Des méthodes contraceptives variées, mais pas toujours accessibles


Dans les centres de santé comme Neema situé sur la commune Makiso, Mokela sur la commune Kisangani ou la Maternité sans risques Risque qui se retrouve au bloc météo, une large gamme de contraceptifs est proposée, des méthodes naturelles, comme le calendrier ou l’allaitement exclusif, aux méthodes modernes pilules combinées, injectables trimestriels, implants comme Jadelle ou Inplano, stérilets, et même la pilule contraceptive d’urgence.
Selon Madame Yvonne Ndonda, chargée de santé maternelle au centre Neema, liste ces options avec précision. Elle souligne également les bénéfices clairs pour la mère, l’enfant et la famille : « L’enfant grandit mieux, la maman conserve sa santé et sa beauté, le mari peut mieux gérer ses ressources », explique-t-elle.
Pourtant, cette diversité d’options ne suffit pas à garantir un accès régulier. Monsieur, Didier Kamanga, le coordonnateur provincial de l’ABEF, met le doigt sur un obstacle majeur : « L’approvisionnement est irrégulier. Parfois, nous manquons de stocks, ce qui ralentit la couverture et la fidélisation des femmes aux méthodes modernes. »
Le poids des préjugés et des tensions conjugales
Au-delà de la disponibilité, les réalités sociales jouent un rôle déterminant. Les femmes se heurtent parfois à l’opposition de leur mari, surtout lorsque les effets secondaires tels que les saignements prolongés se manifestent.
Pour Mme Clémentine Orepale, infirmière au centre Mokela, raconte : « Il y a des hommes qui refusent que leurs épouses continuent certaines méthodes. Parfois, ils viennent directement nous demander de retirer les implants à cause des effets indésirables. »
Ce climat peut alimenter les conflits domestiques, voire compromettre la continuité des soins. Sensibiliser les hommes et impliquer les couples dans le dialogue autour de la contraception apparaissent comme des urgences.
Grossesses non désirées et risques d’avortements clandestins
Le manque d’accès et l’insuffisance d’information conduisent à des grossesses non désirées, souvent dramatiques.
« Certaines femmes préfèrent recourir à des avortements clandestins, avec tous les risques que cela comporte », alerte Mme Yvonne Ndonda. Dans son centre, le soutien aux femmes en détresse passe par une orientation vers des structures offrant des avortements sécurisés et un accompagnement psychologique.
Mme Clémentine Orepale confirme : « Nous recevons aussi des cas de mineures, de femmes victimes d’inceste, qui ont besoin de soutien médical et social urgent. »
La voix des experts : vers une stratégie intégrée

Au niveau provincial, les autorités sanitaires travaillent à renforcer les capacités des prestataires et à intégrer la planification familiale dans les politiques publiques.
Sœur Dr Thérèse Marie Mokaria, médecin coordonnatrice provinciale du programme national de la santé de reproduction dans la province de la Tshopo, insiste : « Nous devons assurer la qualité, la disponibilité et la sensibilisation pour que chaque femme ait les moyens d’exercer ses droits reproductifs. »
L’expérience de terrain du Dr John Likilo, qui est médecin directeur du centre Maternité sans Risque, confirme l’importance d’un suivi personnalisé, médical et psychologique, pour accompagner les femmes dans leur choix contraceptif.
Marie Stopes International Tshopo/RDCongo : un acteur clé de la sensibilisation

Pour toucher les populations les plus éloignées et réduire les résistances culturelles, l’engagement communautaire est essentiel.
Madame Maguy Draso, manager régionale de MSI Tshopo, rappelle : « Nous travaillons sur le dialogue avec les communautés, la formation des relais, et l’information des jeunes pour casser les tabous et favoriser l’acceptation des méthodes. »
Pour un combat multidimensionnel pour une meilleure santé reproductive, la contraception à Kisangani n’est pas qu’une affaire de méthodes ou de stocks. C’est un combat quotidien qui mêle aspects médicaux, sociaux, culturels et économiques.
Si les défis sont nombreux irrégularité des approvisionnements, méfiance des hommes, effets secondaires, grossesses non désirées, la mobilisation des acteurs de santé, des ONG et des autorités laisse entrevoir des avancées.
Pour que les femmes de Kisangani puissent enfin choisir librement et sereinement, il faudra encore intensifier les efforts, améliorer la coordination et renforcer la sensibilisation. La santé des mères, des enfants et le développement de la province en dépendent.

