À Obokote, le jour s’ouvre dans une vapeur tiède. La forêt transpire, la terre respire. Avant le chant des oiseaux, les houes mordent déjà le sol. Ici, l’agriculture n’est pas un secteur ,c’est une respiration collective. Et pourtant, au cœur de ce territoire du Maniema, un géant dort debout, englouti par la brousse ,le Centre d’Adaptation et de Production des Semences Améliorées (CAPSA) d’Obokote, créé en 1954. Un lieu conçu pour nourrir, former, multiplier aujourd’hui englouti par la brousse.

Le voyage commence par une route capricieuse, faite de boue et de ruptures, comme un prélude à l’oubli. Puis apparaissent les vestiges, bâtiments sans voix, anciennes serres effondrées, parcelles avalées par les lianes. Plus de 400 hectares de potentiel agricole, là où jadis naissaient des semences adaptées aux sols et aux saisons locales.

Un paradis agronomique sans agronomes

Ironie absolue , le climat est parfait. Deux saisons agricoles bien marquées, des pluies régulières, des sols riches. « Ici, tout pousse », répètent les villageois. Manioc, maïs, riz, banane, arachide , les champs ceinturent le CAPSA comme pour lui rappeler sa vocation.

Mais l’État n’a pas suivi. Les agents n’ont jamais été payés ni mécanisés. Les techniciens sont partis. Les outils ont rouillé. Les semences ont disparu.

On formait les paysans ici. Ils venaient apprendre, comparer, améliorer. Aujourd’hui, je ne peux même plus montrer où se trouvait le germoir », confie un ancien agent, immobile devant une clairière envahie.

Survivre sans le centre

À Obokote, on cultive malgré tout. Une femme, machette à la main, désigne son champ :

Nos parents recevaient des semences ici. Maintenant, on replante ce qu’on trouve. Les rendements baissent. Quand le CAPSA fonctionnait, on avait l’espoir. Aujourd’hui, nos enfants ne savent même pas ce que c’était

Le constat officiel est clinique. L’ingénieur agronome Mushaba Manu, inspecteur territorial de l’Agriculture à Lubutu et gérant du centre, dresse l’inventaire : douze agents seulement, dont un seul agronome, livrés à eux-mêmes. Zéro pépinière. Zéro germoir. Une structure stratégique réduite à la survie artisanale.

Obokote, entre oubli institutionnel et espoir de renaissance agricole

Un signal venu de Kinshasa

Puis, après des décennies de silence, un geste. Muhindo Nzangi, devenu ministre de l’Agriculture, envoie une délégation pour la première fois à Obokote. Mission : voir, toucher, mesurer. Sur place, les constats sont durs mais l’évidence aussi : la terre n’a pas trahi.

Tout est à refaire, mais tout est possible », glisse un membre de la délégation, face à l’immensité verte.

Cette mission dit une chose simple , la relance agricole commence par regarder les CAPSA en face, reconnaître l’abandon, puis agir. Payer les agents. Réhabiliter les infrastructures. Relancer la production de semences. Reconnecter le centre aux paysans et aux marchés.

Payer les ouvriers, libérer la terre

À Obokote, loin de Kinshasa , la révolution agricole ne demande pas de miracles. Elle commence par l’essentiel : payer les ouvriers, redonner des outils, remettre en marche les germoirs et les pépinières, structurer l’encadrement. Le CAPSA pourrait alors irriguer tout le Maniema et au-delà en semences adaptées, stabiliser les rendements, réduire la dépendance, combattre la faim par la science et le travail.

Un Congo sans faim, à portée de houe

L ‘ avenir n’est pas une abstraction à Obokote. Il est là, sous les pieds. Si les CAPSA sont réhabilités, redynamisés et financés, ils peuvent devenir l’ossature d’une révolution agricole congolaise : calme, enracinée, portée par des paysans formés, des techniciens reconnus, un État présent.

Ce CAPSA n’est pas un vestige du passé. C’est un carrefour du possible. Dans le murmure de la brousse, la terre attend encore. Elle n’a jamais cessé d’être prête.

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