À l’occasion du colloque scientifique national marquant les vingt ans de la Constitution de 2006, le professeur Jean-Pierre Meniko To Hulu a plaidé, ce 12 juin 2026 à Kisangani, pour une mise à jour profonde de la loi fondamentale. L’objectif : intégrer explicitement les enjeux du carbone forestier et de l’économie du climat pour garantir la souveraineté de la RDC sur ses actifs environnementaux.
Alors que la République démocratique du Congo (RDC) joue un rôle de premier plan dans la régulation du climat mondial grâce à ses vastes forêts, son cadre juridique actuel semble marquer le pas. C’est le constat frappant dressé par le Professeur Ordinaire Dr Ir Meniko To Hulu Jean Pierre Pitchou, chercheur au sein du Laboratoire d’Ecologie du Paysage et Foresterie Tropicale (LEPAFORT) de l’Institut Facultaire des Sciences Agronomiques de Yangambi (IFA-Yangambi).

Lors de sa communication présentée à l’amphithéâtre de l’Université de Kisangani, le professeur Meniko a souligné un paradoxe majeur : si la Constitution du 18 février 2006 affirme la souveraineté permanente de l’État sur ses ressources naturelles, elle reste muette sur les concepts qui définissent l’économie mondiale actuelle : le changement climatique, le carbone forestier et les services écosystémiques.
« La Constitution actuelle ne contient aucune référence explicite à la finance climatique ou aux services rendus par nos écosystèmes », a déploré le chercheur devant un parterre d’universitaires et d’acteurs de la société civile.
Vers une « Constitutionnalisation » du carbone
Pour le Prof Meniko, il ne s’agit pas seulement d’une question théorique, mais d’un impératif stratégique pour le développement national. Le chercheur propose une révision ciblée de l’article 9 de la Constitution.
La proposition vise d’inclure explicitement la biodiversité, les services écosystémiques et le carbone forestier dans le périmètre de la souveraineté nationale. Dans cette vision, les forêts congolaises ne seraient plus simplement des étendues de bois, mais des « actifs stratégiques » dont la gestion durable doit être inscrite au plus haut niveau de la hiérarchie des normes.
Des retombées économiques et souveraines

Le passage à une « Constitution climatique » offrirait, selon le professeur de l’IFA-Yangambi, des avantages concrets :
- Sécurisation juridique : Garantir la propriété de la RDC sur ses crédits carbone.
- Attractivité des investissements : Envoyer un signal fort aux partenaires internationaux et aux investisseurs « verts ».
- Crédibilité internationale : Positionner la RDC comme un leader incontesté de la gouvernance forestière mondiale.
Une opportunité historique
En conclusion de son intervention, le Dr Meniko a rappelé que la RDC se trouve à un tournant. À l’heure où les questions climatiques dictent les relations internationales, la modernisation du texte fondamental permettrait au pays de passer du statut de simple détenteur de forêts à celui de « puissance climatique souveraine ».
Une réforme ambitieuse qui, selon l’expert, est la seule voie pour concilier réellement la protection de l’environnement, le développement socioéconomique et les intérêts des générations futures congolaises.

