Au 65 ème anniversaire de l’indépendance en RDC, les témoins oculaires adultes de cette libération ont disparu en grand nombre. Parmi les rares encore vivants à Kisangani, Agnès Masika, très populaire au nom de « Maman Masika », 82 ans aujourd’hui.

C’est la doyenne aux cliniques universitaires de Kisangani. Maman Masika est accoucheuse depuis 1960. Un métier qu’elle a appris auprès des religieuses catholiques à Kibali. Elle travaille aux cliniques universitaires depuis 1973.

Maman Masika, orpheline de mère dès sa 2eme année de naissance, a grandi dans un couvent. « Les Belges étaient bien organisés. Ils envoyaient les orphelins de leurs travailleurs chez les religieuses », se rappelle-t-elle, malgré le poids de l’âge.

Élevée à l’allure de devenir religieuse, c’est grâce à la congrégation, dont elle a oublié le nom, qu’elle foule le sol européen en 1961. Une année avant, elle se rappelle avoir vu des Belges quittaient le sol congolais suite à l’indépendance annoncée.

« Ils quittaient calmement mais les autres, têtus comme l’âne, étaient tués », témoigne-t-elle. En 1961, elle entame un voyage resté historique dans sa vie : de Kibali à Bruxelles, en passant par Paris et Lille. Un séjour de crainte dans deux pays vomis par certains influents politiques africains des années 60.

« Quand je suis arrivée, ils ( les blancs) m’assimilaient à un ennemi. Ils disaient que je suis une ennemie mais les religieuses me défendaient. En Europe, on me donnait de la nourriture sans me parler, c’est ce que je peux déplorer. On avait tous les mêmes règlements, on était quand-même bien », a expliqué Maman Masika.

Fidèle à son métier de sage-femme, Maman Masika n’est pas encore prête à abandonner. De 20 ans à 82 ans, 60 ans de carrière ; un agent qui mérite d’être décoré, une héroïne encore vivante à célébrer. Depuis un moment, pour joindre les deux bouts du mois, elle combine sa profession avec la vente des chikwanges.

Journaliste, poète, slameur, professeur et chrétien

Leave A Reply