Ce samedi, la salle de l’American Corner de l’ISP Kisangani a servi de cadre à un atelier de réflexion marquant le 26e anniversaire de la tragique Guerre de Six Jours. Organisée par l’ONG UKUMBUSHO, avec l’appui du FONAREV, cette rencontre a réuni victimes, acteurs de la société civile et représentants du gouvernement provincial autour d’une question cruciale : comment articuler devoir de mémoire, justice, consolidation de la paix, et résolution pacifique des conflits en RDC.

Vingt-six ans après les affrontements sanglants entre les armées rwandaise et ougandaise qui ont meurtri la ville de Kisangani, la douleur reste vive. L’atelier, qui se voulait un espace de témoignages et de plaidoyer, a permis de rappeler que la mémoire collective est le socle indispensable pour éviter la répétition des tragédies passées.

Représentant le Gouverneur de province, Maître Michel Byambe Lumumba, porte-parole du gouverneur Paulin Lendongolia, a lancé ces assises. Dans son mot, il a souligné l’engagement de l’exécutif provincial à ne pas oublier. « Le devoir de mémoire est un devoir patriotique que nous devons transmettre aux générations futures », a-t-il déclaré.

Pour le représentant du Gouverneur, la paix est une denrée rare et fragile. « La Tshopo ne peut avancer que si elle se souvient de son passé et s’engage résolument à changer les paradigmes de son avenir. » Il a rappelé que l’action du gouvernement provincial vise avant tout la préservation de la paix pour que les atrocités d’hier ne soient plus qu’un mauvais souvenir.

De son côté, l’activiste Jean-Paul Nyindu, figure oratrice de cet atelier, a posé un diagnostic sans concession sur la situation judiciaire en RDC. Selon lui, bien que le contexte impose une « justice transitionnelle » pour traiter les nombreux crimes commis dans le pays, les résultats restent décevants.

« La justice chez nous fonctionne à plusieurs vitesses : une pour les riches, une autre pour les pauvres. L’impunité, le clientélisme et le tribalisme sont des indicateurs qui prouvent que notre justice est encore très malade, si pas agonisante », a déploré M. Nyindu.

L’activiste a particulièrement insisté sur la nécessité d’un « vetting » (procédure de filtrage). Il s’insurge contre le fait que, 26 ans plus tard, certains anciens bourreaux occupent des postes décisionnels ou politiques. Pour lui, tant que la répression et la sanction ne seront pas effectives, le risque de récidive demeurera réel.

Face à la problématique complexe de l’identification et de l’indemnisation des victimes, M. Nyindu appelle au pragmatisme. Reconnaissant la difficulté de recenser chaque individu, il plaide pour des mécanismes de réparations collectives qui profiteraient à l’ensemble de la communauté boyomaise, plutôt que de se perdre dans des polémiques stériles.

Aux survivants, il a lancé un vibrant message d’espoir : « Ne fondez pas votre avenir uniquement sur les indemnisations. Restez debout, continuez à espérer, mais surtout, restez mobilisés pour que cette mémoire ne soit jamais jetée aux oubliettes. »

À travers cet atelier, Kisangani a réaffirmé, 26 ans après, qu’elle n’a pas oublié. La ville exige désormais que la commémoration laisse place à une action concrète : celle d’une justice qui répare les cœurs et qui, surtout, empêche définitivement le retour des armes.

Journaliste Multimédia & Reporter

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