Le prix du riz grimpe. Les camions s’enlisent. Les villages attendent. Entre Kisangani et Opala, une question traverse les marchés autant que les pistes. Que reste-t-il des 3,6 millions de dollars débloqués par Félix Tshisekedi pour réhabiliter la route ?

Grand reportage au cœur d’une province où l’état des infrastructures se mesure désormais moins en kilomètres réhabilités qu’au prix du repas quotidien.

Le premier choc n’est pas sur la route.Il est au marché centrale. Sous un hangar de fortune, une vendeuse plonge un gobelet dans un sac de riz. Le geste est mécanique. Le prix, lui, ne l’est plus. 2 300 francs. Le client reste silencieux quelques secondes.Puis il repose le gobelet.Autour, personne ne réagit.Comme si la ville avait déjà fini par s’habituer.

« Même nous, on ne gagne plus comme avant »

Marie (prénom modifié) vend du riz depuis plus de dix ans. Elle dit avoir vu les prix monter plusieurs fois. Mais pas avec cette rapidité.

Les clients nous accusent souvent. Pourtant nous aussi, on souffre. Avant, le stock tournait vite. Aujourd’hui, le transport prend du temps et coûte davantage. »

À quelques mètres, une autre vendeuse intervient sans quitter ses sacs des yeux :

Les gens achètent moins. Certains demandent seulement un demi-gobelet. D’autres regardent le prix et repartent. Quand les routes bloquent, tout finit ici.»

À la rizerie, les calculs ne ferment plus

Dans une rizerie de Kisangani sur l’avenue Maghole au quartier commercial, le bruit des machines couvre presque la conversation. Le propriétaire observe des sacs empilés plus bas que d’habitude. Il ne parle ni de politique ni de chiffres officiels, il parle de délais.

Avant, nous pouvions planifier les arrivages. Aujourd’hui, tout dépend de l’état des routes. Un camion qui devait arriver en deux jours peut prendre une semaine. »

Il sort un carnet, additionne,transport, carburant, perte,main-d’œuvre. Puis conclut :

Les gens pensent que le prix du riz commence ici. Non. Le prix commence sur la route. »

Chaque voyage est un pari

À la sortie de Kisangani, un chauffeur de camion chargé de sacs de riz regarde ses pneus recouverts de terre rouge. Il sourit. Pas parce qu’il est rassuré. Parce qu’il connaît déjà le trajet.

Le plus difficile n’est pas de conduire. C’est de ne pas savoir quand on va rentrer. »

Il raconte les véhicules immobilisés, les attentes, les détours, les réparations. Il désigne la piste devant lui:

Le riz voyage sur cette route avant d’arriver au marché. On perd du carburant. On perd du temps. On perd parfois des marchandises. Ensuite les gens demandent pourquoi les prix augmentent. »

La colère des acheteurs

Au marché, la frustration n’est plus discrète. Philippe Aguzo, père de famille serre ses billets dans la main.

On travaille pareil, mais on achète moins. À ce rythme, le riz devient un produit qu’on réfléchit avant d’acheter. »

Plus loin, une mère de famille ne cache plus sa colère . Le gobelet de riz est devenu plus qu’un achat.Il est devenu une question.

On nous parle souvent de projets et d’argent. Mais nous, on regarde nos assiettes. Si le prix monte encore, qu’est-ce qu’on fait ? » regrette Jacqueline Batiale

La pression politique monte

Du côté politique, la situation nourrit les critiques. Le député national Fontaine Mangala, qui s’est déjà exprimé publiquement sur plusieurs questions sociales dans la province, invite les députés provinciaux à demander des explications au gouverneur de province sur l’état des infrastructures et leurs conséquences économiques.

Le Gouvernement de la République avait donné 3.600.000 usd au Gouvernement provincial de la tshopo pour la réhabilitation de cette route depuis une année selon les sources auprès du

Il faut vérifier si les travaux ont commencé ou pas, mais si les travaux n’ont pas commencé, les députés provinciaux devront questionner l’Autorité provinciale. La flambée de prix du riz met la vie de la population en difficulté.» suggère Fontaine Mangala, député national élu de Kisangani

RN7 Kisangani–Otala–Opala : les travaux à l’arrêt, les autorités évoquent un manque de financement

L’espoir de voir enfin la route nationale n°7 (RN7) désenclaver le territoire d’Opala s’éloigne de nouveau. Lancés fin septembre 2024 sur l’axe Kisangani–Otala–Opala, les travaux de réhabilitation peinent à avancer et sont aujourd’hui pratiquement à l’arrêt.

Lors d’un point de presse tenu vendredi 2 mai 2026 , l’Ex ministre provincial des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction (ITPR), Héritier Likaka, avait reconnu des difficultés financières qui bloquent l’évolution du chantier.

Nous ne sommes pas sans ignorer que la province de la Tshopo a reçu beaucoup de financements. Beaucoup de travaux sont en cours. Sous le mandat de Son Excellence Tshisekedi à travers le ministre Fwamba, cette route sera réhabilitée », a-t-il déclaré.

Confié à l’entreprise Kas Logistique pour un coût annoncé de 12 millions de dollars américains, le chantier devait s’étendre sur 309 kilomètres et être exécuté sur une durée de trois ans. Mais plusieurs mois après le lancement officiel, les travaux ne seraient arrivés qu’au niveau des premiers kilomètres avant de s’interrompre.

Pour l’autorité territoriale, l’arrêt du chantier compromet directement l’économie locale. Opala demeure l’un des principaux bassins de production du riz consommé à Kisangani ainsi que dans plusieurs provinces voisines et même à Kinshasa. Arrivé récemment à Kisangani dans le cadre d’une mission officielle, il décrit sur Kis24 un trajet particulièrement difficile.

Comment évacuer les produits vivriers vers les centres de consommation ? C’est l’enclavement qui continue. Il y a des baleinières, mais il n’y a pas suffisamment d’assurance compte tenu de leur état vétuste

Où est passé l’argent de la route ?

Dans une correspondance adressée au Président de la République, Félix Tshisekedi, et dont copie est parvenue à KIS24.CD, l’élue affirme que ces fonds représenteraient la première tranche (30 %) du financement global alloué par le gouvernement central pour la réhabilitation du tronçon Kisangani–Opala Centre.

Selon Elysée Ichwama Litoka, des informations recueillies auprès des populations locales d’Opala pointent une mauvaise gestion supposée de ces ressources publiques. Elle demande ainsi l’intervention directe du Chef de l’État pour que les fonds soient « retracés, récupérés et utilisés conformément à leur destination initiale ».

Dans sa démarche, la députée rappelle qu’elle agit dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, qui lui imposent de défendre les intérêts de ses électeurs et de veiller à la transparence dans la gestion des finances publiques.

Sur le terrain, l’espoir d’une route praticable s’éloigne au rythme des engins immobilisés, laissant la RN7 prisonnière des promesses et des financements qui tardent à suivre le chantier. Pendant ce temps, à Kisangani, le prix du riz continue de grimper, conséquence directe d’un accès difficile et de chaînes d’approvisionnement toujours plus fragilisées.

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